Sport au féminin : pourquoi les adolescentes arrêtent-elles ?

Sport au féminin : pourquoi les adolescentes arrêtent-elles ?

Alors que l’activité physique est essentielle à la santé et au bien-être, près d’une adolescente sur deux abandonne la pratique sportive avant 15 ans, soit six fois plus que les garçons du même âge.

Dans près d’un cas sur deux, les adolescentes cessent le sport « par contrainte » plutôt que par choix. C’est ce qui ressort d’une enquête menée pour la mutuelle MGEN par le cabinet Kantar auprès de jeunes filles de 13 à 20 ans. Longtemps perçu comme une question de motivation individuelle, ce décrochage apparaît aujourd’hui comme le résultat de mécanismes sociaux, culturels et organisationnels qui se renforcent à l’adolescence.
Premier facteur identifié par cette enquête, publiée en janvier 2026 : la puberté. Les transformations physiques et hormonales bouleversent le rapport au corps et à la pratique sportive. Selon l’étude MGEN-Kantar, 63 % des adolescentes estiment que les changements corporels rendent le sport moins agréable, tandis que 55 % considèrent les menstruations comme un frein à la pratique.

À ces aspects physiologiques s’ajoute un regard social particulièrement pesant. Les adolescentes évoquent les injonctions esthétiques, la peur du jugement, les remarques sexistes ou encore le sentiment d’insécurité dans certains espaces sportifs. « Au hand, c’est des mini-shorts… ils pourraient mettre un short plus long, ou avoir le choix entre short et survêtements », indique ainsi une « abandonniste » de 17 ans, citée dans l’enquête.
L’étude souligne aussi le manque d’offres adaptées, la rareté de certaines équipes féminines ainsi qu’une culture de la performance qui laisse peu de place à la progression individuelle ou au plaisir de pratiquer. Pour de nombreuses adolescentes, la compétition devient une source de stress plutôt qu’un facteur de motivation.

« Ce n’est ni un manque d’envie qui pousse les filles à arrêter le sport, ni un épiphénomène, ni une affaire individuelle, résume Clotilde Truffaut, administratrice nationale de la MGEN. C’est la conséquence de contraintes sociales et de stéréotypes de genre qui conduisent les jeunes filles à quitter une pratique sportive qu’elles affectionnent pourtant. »
Cet arrêt du sport à l’adolescence, qui a pour conséquence une moindre pratique à long terme, n’est pourtant pas inéluctable. L’étude Kantar-MGEN met ainsi en avant quelques recommandations pour y mettre fin : lever le tabou sur les règles, créer des environnements bienveillants, faciliter la découverte des disciplines sportives et la flexibilité de la pratique, valoriser les athlètes féminines pour en faire des modèles inspirants, et enfin favoriser une mixité positive, c’est-à-dire non imposée.

Un environnement favorable à la pratique sportive des jeunes filles passe aussi par un encadrement plus féminisé et une plus grande représentation des femmes dans les instances fédérales. La Fédération française des clubs omnisports en est convaincue, et qui organise chaque année des séjours « omnisports pour Elles », dont le but est de « renforcer la place des femmes dans les instances sportives, en les aidant à affirmer leur leadership, à consolider leurs atouts et à faciliter leur engagement et leur prise de responsabilité ».

Etienne Berrier