À Orléans, de la molécule à l’espoir… Ou quand l’ARN messager invente la médecine du futur !

À Orléans, de la molécule à l'espoir... Ou quand l'ARN messager invente la médecine du futur !

Au cœur du CHU d’Orléans, une équipe de chercheurs explore les promesses thérapeutiques de l’ARN messager. Une recherche à la fois locale, industrielle et porteuse d’espoir pour les patients atteints de cancers rares.

Un outil né de la pandémie, et désormais tourné vers le soin : l’ARN messager, propulsé sur le devant de la scène par les vaccins anti-Covid, poursuit sa trajectoire scientifique. À Orléans, au cœur du CHU, l’Accélérateur de Recherche Technologique (ART-ARNm), créé par l’INSERM en 2022, cherche à transformer cette technologie en véritable plateforme de thérapies innovantes. “ Nous voulons aller au-delà du vaccin et faire de l’ARN messager un médicament à part entière, capable de soigner et de réparer ”, explique Chantal Pichon, professeure à l’Université d’Orléans et directrice du laboratoire. Cette experte en biologie moléculaire et spécialiste des ARNm dirige une équipe composée d’une dizaine d’ingénieurs et de chercheurs. Sa mission ? Concevoir et valider des ARN thérapeutiques, tout en développant les systèmes de délivrance qui les protègent et leur permettent d’atteindre la cellule cible. Ce savoir-faire, autrefois concentré dans quelques grands laboratoires internationaux, prend désormais racine dans le Loiret !

Le pari d’une recherche utile et ancrée

Les applications les plus avancées concernent l’oncologie pédiatrique, un domaine encore peu exploré par les grands programmes pharmaceutiques. À Orléans, les chercheurs s’attaquent à des tumeurs rares comme l’ostéosarcome ou le glioblastome. “ Nous essayons de stimuler le système immunitaire pour qu’il reconnaisse et détruise la tumeur, avec des traitements plus ciblés et moins toxiques ”, précise le Dr Guillaume Odri, P.U.P.H, professeur au CHU d’Orléans et chirurgien orthopédique. Ces projets bénéficient du soutien d’associations sensibilisées dans les cancers pédiatriques, comme “ Enfants Cancers Santé ”. Pour Chantal Pichon, ce lien avec la société civile est essentiel : “ Notre laboratoire est jeune. Sans le soutien d’associations et de partenaires locaux, nous ne pourrions pas aller aussi vite. La recherche a besoin de ce maillage entre science, territoire et engagement. ”
Et d’argent !

Une filière en construction

Mais l’ART-ARNm s’inscrit dans une stratégie nationale plus large. Il participe au programme France 2030 et au PEPR Biothérapies et Bio-production de Thérapies Innovantes, qui visent à renforcer la souveraineté biomédicale française. En développant ses propres procédés de fabrication et de vectorisation de l’ARN, le laboratoire orléanais contribue à bâtir une filière biotech régionale, en lien avec des start-up et des industriels. Cette montée en compétence locale, encore discrète, s’annonce pourtant stratégique : la maîtrise de la production d’ARN thérapeutique pourrait devenir un atout économique autant qu’un enjeu de santé publique. Et à l’image d’autres grandes métropoles, Orléans compte bien jouer un rôle de laboratoire de la médecine de demain. Mais pour ses chercheurs, l’objectif prioritaire reste le même : transformer l’espoir scientifique en bénéfice concret pour les patients !

Nicolas Terrien