Aidant, un coup de tonnerre dans le ciel bleu

Aidant, un coup de tonnerre dans le ciel bleu

Encore inconnus il y a quelques années, les aidants familiaux ont désormais un statut social. Ils accompagnent, soutiennent et soignent un proche parent. La situation, souvent soudaine, oblige à changer d’organisation professionnelle et sociale pour privilégier le maintien à domicile. Au sein de l’entreprise, tout reste à faire en terme de relations humaines et de reconnaissance… ou pas.

Christelle est cadre chez EDF. Depuis quelques jours, elle reçoit des appels de sa mère qui lui demande le numéro de sa carte bleue, qu’elle connaît pourtant par cœur, le bus qu’elle doit prendre et qu’elle prend pourtant quotidiennement, jusqu’au jour où elle s’est perdue dans sa ville. Christelle et sa sœur Céline comprennent que la situation est grave et qu’il va falloir trouver une solution pour leur maman qui ne peut plus rester seule, à 86 ans. Pas question de la placer en EHPAD ; le maintien à domicile s’impose. Mais les choses se compliquent vite. Une heure de RER pour passer à son domicile avant de partir au bureau, et parfois l’obligation de filer en urgence parce que l’aide-soignante l’a trouvée inanimée. « Cette organisation prend énormément de temps, explique Christèle, altère le mental, et quand on est au boulot et qu’on pense à sa maman qui ne va pas bien, on est forcément moins efficace ». Sa maman est une charge lourde, Christèle mène deux vies en une, elle est devenue ce que l’on appelle une aidante.

« Je n’étais pas préparée à cela, mon objectif professionnel était de devenir cheffe d’équipe et manager de projets ». Elle a pourtant dû l’annoncer à son employeur, car il y avait tout à réorganiser. Sa chance est d’être salariée dans une entreprise de grande taille, staffée et organisée pour placer les éléments aux bons endroits. « Ils m’ont dit : ne t’inquiète pas, la priorité c’est ta mère, on va organiser les équipes ».

Une communauté productive

La communauté des aidants est la première organisation économique et sociale de France. Dix millions d’individus selon la DRETTS, dont 60 % travaillent. La moitié a moins de 50 ans. Thierry Calvat est sociologue, spécialiste de la question : « Des études récentes rapportent que l’accompagnement de ces dix millions d’aidants se matérialise par 9,3 milliards d’heures par an. Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui chaque année produisent autant ? Par une valorisation au SMIC, c’est environ 140MD€ en équivalent produits au service, autant que l’industrie automobile française ».

Christèle a dû se résoudre à l’idée qu’elle ne serait pas manager. A 35 ans. Elle change de service, et rejoint un autre responsable qui malheureusement n’a pas été aussi compréhensif. « Pourtant, si vous interroger les managers, poursuit Thierry Calvat, ils vous disent l’influence positive d’un collaborateur qui devient aidant. Dans une équipe et en matière de performance organisationnelle que sont la santé et l’éducation, la productivité, la qualité d’innovation et la cohésion interne ».

Un aidant, ça n’existe pas

Si le statut se dessine au regard de la loi, il ne permet qu’une souplesse relative dans l’organisation du travail. Des dispositifs existent pour soulager les aidants, de la PCH au soutien de la MDPH, en passant par le congé de « proche aidant », mais rien de systématique, et rarement rémunérés. Des prises en charge partielles et dans le meilleur des cas un abondement de l’entreprise. Une prise en compte encore laissée à l’appréciation du dirigeant pour honorer ce lien familial qui vous oblige encore.

Stéphane de Laage