
Dans un jardin familial, un père et son fils discutent de sciences. De cette conversation anodine est née AudioDeem, la startup créée par Frédéric et Paul Froment, aujourd’hui en passe de transformer le quotidien des médecins.
L’un est kinésithérapeute et docteur en sciences, l’autre étudiant en 5e année de médecine, tous deux confrontés à la même réalité : une médecine de plus en plus absorbée par la paperasse. “ On ne s’attend pas à passer autant de temps derrière un ordinateur ”, résume Paul. Or cette charge administrative pèse lourd, jusqu’à altérer la relation soignant–patient. C’est précisément là qu’intervient AudioDeem : une IA capable d’écouter la consultation et de générer comptes rendus, ordonnances ou certificats, en moins de dix secondes. Une sorte de “ troisième médecin dans la pièce ”, qui prend des notes fidèles pendant que le praticien retrouve le regard de son patient. En faisant ainsi gagner jusqu’à deux heures par jour aux professionnels de santé, la solution apporte une réponse concrète aux enjeux des déserts médicaux.
L’IA, invisible mais décisive pour le patient
L’ambition n’est pas technologique : elle est humaine. L’objectif est clair : rendre la consultation plus fluide et plus présente. Fini les allers-retours entre clavier et écran. Le médecin écoute vraiment, le patient se sent entendu. La solution génère aussi une version simplifiée du compte rendu, destinée au patient et à son entourage qui permet aux personnes âgées, aux aidants ou aux intervenants médico-sociaux de comprendre ce qui a été dit en consultation, sans risque d’interprétation. “ C’est compréhensible par tous, mais scientifiquement juste ”, insiste Frédéric. Ce travail précis est rendu possible grâce à des données médicales prétraitées, organisées et alignées sur les standards d’interopérabilité des hôpitaux. L’IA ne s’appuie jamais sur son imagination mais sur des données fiables et des bases médicales externes, garantissant l’absence d’hallucinations dangereuses dans un document clinique.
Une technologie intégrée en amont
Les premiers tests ont été menés en cabinet. Résultat : l’outil est performant mais une évidence s’impose aux fondateurs : il ne faut pas ajouter une plateforme de plus au quotidien déjà saturé des praticiens. Ils changent alors de stratégie : AudioDeem s’intègre désormais nativement dans les logiciels des médecins et les systèmes hospitaliers. L’utilisateur ne change rien à ses habitudes : l’IA travaille en coulisses, de manière transparente. Pour les hôpitaux, la solution est 100 % locale, hébergée sur leurs serveurs, sans transfert externe et les données audio sont supprimées immédiatement après traitement. Une exigence alignée avec les enjeux croissants de cybersécurité. Cette intégration native ouvre la voie à une collaboration étroite avec les éditeurs de logiciels médicaux, les plateformes de téléconsultation ou encore des clusters et universités impliqués dans la recherche en IA. Des essais sont en cours et des partenariats en discussion.
Un potentiel immense pour la recherche et la santé publique
En structurant la donnée médicale, AudioDeem crée un socle précieux pour la recherche : étudier des cohortes plus larges, détecter des signaux faibles (épidémies, syndromes émergents), mieux comprendre les liens entre symptômes, maladies et prises en charge. Sans jamais remplacer le médecin, l’IA pourra éclairer ses décisions, rappeler une interaction médicamenteuse et réunir des éléments scientifiques pendant un échange pluridisciplinaire. La startup, finaliste du Fundtruck cette année à Chartres, est engagée dans un parcours de levée de fonds et déjà accompagnée par des chercheurs et des doctorants. Multilingue par conception, AudioDeem vise d’abord la France, puis l’Europe, avant d’envisager l’international. Au-delà de la prouesse technique, AudioDeem répond à un besoin vital du système de santé : du temps, de la clarté, de l’écoute et de l’efficacité. C’est peut-être là que réside la véritable innovation : utiliser l’IA non pour automatiser la médecine, mais pour réhabiliter le cœur du soin, la relation humaine.
Photo : Soirée des Trophées des entreprises à Chartres le 18 septembre 2025 © Kylian Dormand Photographies
Fabienne Bonvoisin


