Aux portes de Châteauroux, le pain de mie Harrys pétri d’ancrage local

Aux portes de Châteauroux, le pain de mie Harrys pétri d'ancrage local

Dans l’Indre, le géant italien Barilla a bâti autour de la marque Harrys une filière céréalière française, performante et durable. Au cœur du bassin castelroussin, l’usine de Montierchaume incarne un modèle industriel où transition énergétique et souveraineté alimentaire vont de pair.

À Montierchaume, près de Châteauroux, une odeur de pain chaud flotte dans l’air. C’est ici que sortent chaque jour des milliers de tranches de pain de mie Harrys, prêtes à rejoindre les rayons des hypermarchés de toute la France. “ Nos produits ont une durée de vie très courte : pas plus de six heures entre la sortie du four et la livraison ”, confie Olivier Amoyel, directeur du site, en guidant la visite au milieu du fracas mécanique des chaînes de production. Cette usine castelroussine concentre plus de la moitié de la production française du groupe — soit 235 millions de paquets vendus chaque année* —, faisant d’elle un véritable poumon industriel pour le territoire. Barilla ne s’y est pas trompé lors du rachat d’Harrys en 2007. Car si le groupe agroalimentaire italien, célèbre pour ses boîtes de pâtes bleues, réalise 4,9 Md€ de chiffre d’affaires et emploie 9 000 personnes dans le monde, c’est bien grâce à la boulangerie — et à Harrys — qu’il enregistre aujourd’hui 55 % de son activité en France. “ Notre métier, c’est de transformer la céréale ”, souligne Miloud Benaouda, directeur général de Barilla France. “ Les pâtes, c’est du blé dur ; le pain, du blé tendre. Cette matière première nous relie directement à l’amont agricole ”.

Un modèle intégré du champ à l’assiette

Depuis Châteauroux, Barilla a structuré une filière 100 % française : 650 agriculteurs partenaires, des contrats pluriannuels et un cahier des charges co- construit avec meuniers et organismes stockeurs. Chaque année, 150 000 tonnes de blé tendre sont transformées pour la seule marque Harrys, faisant de Barilla le troisième acheteur de blé en France. “ Ce qui nous différencie, c’est notre capacité à investir ”, affirme Miloud Benaouda. Dans un secteur agroalimentaire où la croissance dépasse à peine les 2 % en 2024, Barilla France affiche une progression de 4 % pour 820 remplacer par M€ de chiffre d’affaires. Mais la compétitivité se joue aussi sur le terrain de la décarbonation. Le site de Montierchaume vient d’engager 6,5 M€ dans un système de récupération de chaleur destiné à réduire encore ses émissions de CO2. Déjà depuis 2019, la consommation d’énergie a chuté de 30 %, les émissions de CO2 ont été divisées par deux, et les économies d’eau atteignent 28 % depuis 2009. “ Nous devons rester capables d’investir pour assurer la pérennité de l’entreprise, ” insiste Miloud Benaouda. “ Le jour où l’on débranche l’investissement, c’est le début de la fin ”.

Une économie locale sous tension

Autour de Châteauroux, les champs de blé forment bien plus qu’un décor : ils constituent la base d’un écosystème industriel vivant. Le site Harrys irrigue tout un réseau régional d’agriculteurs, de transporteurs et de sous-traitants. Dans une région longtemps marquée par la désindustrialisation, il symbolise un modèle de souveraineté agroalimentaire fondé sur la proximité, la durabilité et la création de valeur locale. Mais l’équation reste exigeante : produire plus propre sans rogner sur la rentabilité. Dans un contexte de tension sur les coûts de l’énergie et des matières premières, Barilla mise sur la maîtrise technique et l’efficacité énergétique pour préserver ses marges. À Châteauroux, le pain de mie est donc plus qu’’une simple habitude du petit-déjeuner : c’est un marqueur de transition et au final, la preuve qu’une industrie peut conjuguer ancrage territorial et performance environnementale.

De la base américaine à l’icône du petit-déjeuner

L’histoire de Harrys s’écrit dans les années 1960, à l’époque où Châteauroux vivait au rythme de la présence de 8 000 soldats américains stationnés sur la base de l’OTAN. Lassés de la baguette française, les GI’s réclamaient un pain plus moelleux. Un boulanger local, Paul Picard, releva le défi dans son garage : le pain de mie “ à l’américaine ” venait de naître. Un demi-siècle plus tard, Harrys est présent dans six foyers sur dix, avec près de 30 % du marché du pain préemballé, jusqu’à devenir la 7e marque de la grande consommation en France*. Depuis son rachat de la marque en 2007, Barilla en fait un pilier de sa stratégie française. “ Pourtant, un consommateur sur trois pense encore que nous sommes américains ! ” sourit Miloud Benaouda. “ Mais notre ancrage est ici, dans les plaines du Centre-Val de Loire ”.

*Source : Kantar Worldpanel Brand Footprint — Top 20 France 2022 et Nielsen Total France 2022
Photo : La gamme de pains de mie Harrys produite aux portes de Châteauroux. © Nicolas Terrien

Nicolas Terrien