Éric Chevée : “Nous sommes d’incurables optimistes, gardons confiance !”

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Le vice-président national de la CPME aux affaires sociales était l’invité d’honneur de la soirée de rentrée de l’instance patronale en Loir-et-Cher ce jeudi 4 septembre. L’occasion d’évoquer cette séquence sous tension et à hauts risques, tant sur les plans économiques que politiques et sociaux devant un important parterre de chef(fe)s d’entreprises réunis dans les locaux de la CCI à Blois. Interview.

Quel est votre regard sur le contexte général de cette rentrée ?

Je remarque que la situation économique et surtout politique n’est pas très claire. Nous autres chefs d’entreprises sommes très en colère face à cette situation, car nous n’y sommes pour rien. Les politiques sont en dessous de tout et ils nous mettent dans des situations qu’il n’est pas nécessaire d’avoir, en plus des difficultés économiques que nous traversons par ailleurs. Donc ça suffit ! Il faut leur dire « Mettez-vous d’accord. Arrêtez vos enfantillages et sortez-nous un budget avant la fin de l’année ! »

Craignez-vous une situation comme l’an dernier, une période sans gouvernement réellement aux manettes ?

Tout dépendra de la réactivité du Président de la République à nommer un nouveau Premier ministre dans l’hypothèse où François Bayrou échouerait lundi prochain. Le premier responsable sur ce sujet, ce sera évidemment Emmanuel Macron. Je pense que la configuration fait que le Président devra prendre rapidement sa décision sur la nomination d’un nouveau premier ministre.

En cette rentrée, l’instabilité sociale va notamment s’incarner dans ce mouvement « Bloquons tout » le 10 septembre. Comment l’appréhendez-vous ?

Déjà, il s’agit d’un mouvement qui est né de façon un peu spontanée sur les réseaux sociaux, et qui s’est répandu comme on le sait. De façon un peu perfide, je dirais que la bonne nouvelle, c’est que LFI a tenté de le récupérer. Du coup, cela pourrait bien devenir un pétard mouillé. En revanche, les mobilisations annoncées pour le 18 septembre, largement soutenues par les organisations syndicales, me paraissent beaucoup plus dangereuses et beaucoup plus fortes en termes d’impact économique.

Pourtant, des préavis de grève sont déjà déposés dans plusieurs entreprises pour cette journée du 10 septembre. Avez-vous des retours par rapport à cela ?

Oui, c’est vrai. Mais pour ce qui est du secteur privé, dans les PME et les TPE, le climat social n’est pas défavorable. Il est plutôt serein. Et cela, depuis plusieurs années. Même au plus fort de la contestation sur la réforme des retraites, il n’y a pas eu de mouvement massif dans les entreprises privées. Et ça, c’est le fruit d’un travail régulier que nous effectuons depuis des années entre les organisations patronales et les organisations syndicales.

Il y a aussi le contexte géopolitique, puis la guerre commerciale avec les États-Unis via les fameux droits de douane, ça ne contribue pas à rassurer l’entrepreneur ?

Non, évidemment. ça rajoute de l’incertitude à de l’incertitude. Et il n’y a rien de pire pour un chef d’entreprise ! Je pense que nous allons très vite ressentir cette situation sur les décisions d’investissements, dès les semaines qui viennent, si ce n’est pas déjà le cas, d’ailleurs. Ce n’est pas bon non plus pour la consommation, parce que les bas de laine qui sont déjà hyper pleins se remplissent encore. On se demande d’ailleurs jusqu’où va grimper l’épargne des Français. Et puis vous avez déjà une grande partie du commerce qui est impactée, ainsi que les services à la population. Autant de sujets qui font que le contexte est très morose.

Y-a-t-il quand même des bonnes nouvelles à noter en cette rentrée économique ?

Reconnaissons qu’il n’y en a pas beaucoup. Et s’il y avait pu y en avoir, la situation politique les a ravalées d’un seul coup ! Et malheureusement, on n’en voit pas se dessiner devant nous, avec la situation extrêmement tendue sur le plan du budget de l’État et du budget de la sécurité sociale. Non, les bonnes nouvelles ne sont pas là. C’est quand même un peu dommage, parce qu’on sait que la France a des atouts. Nous avons des capacités touristiques, agricoles, agroalimentaires et industrielles extrêmement fortes. Nous avons des grandes entreprises qui sont parfois des numéros 1 mondiaux et qui ont une capacité d’entraînement de nos TPE et PME. Mais on a l’impression que tout ça est gâché par des jeux d’ambition et de politique politicienne. C’est absolument insupportable.

Et comment s’illustre la région Centre-Val de Loire dans ce contexte ? Une région que vous connaissez bien après avoir présidé le CESER jusqu’en 2023…

Cette région a des atouts qu’il faut identifier et qu’il faut travailler. Lorsque vous traversez des périodes difficiles, il faut se recentrer sur ses fondamentaux. Au sud de la région, il faut s’appuyer sur les industries de défense pour lesquelles il y a une capacité de développement extrêmement importante. Sur l’axe ligérien, on a la possibilité de développer une offre touristique très porteuse. Surtout qu’avec les événements géopolitiques, on a moins envie d’aller au bout du monde. Et puis au nord, il y a nos grandes plaines céréalières, avec de fortes capacités sur l’agroalimentaire qu’il faut continuer de développer. Et puis ce qui est très caractéristique en Centre-Val de Loire, c’est cette multitude de villes moyennes avec une industrie résiduelle malheureusement, mais qui est toujours là et qui mérite d’être soutenue et encouragée afin de mailler correctement le territoire en matière d’activité.

Finalement, quel est le message que vous souhaitez adresser aux chefs d’entreprises en cette période de rentrée ?

Le message, c’est qu’l faut toujours garder confiance. Nous sommes d’incurables optimistes, les chefs d’entreprise, sinon nous ne ferions pas ce métier. Donc évidemment qu’il faut toujours garder confiance. Mais le message, c’est aussi la colère. C’est de leur dire « dites-le, allez-y, interpellez vos politiques, dites-leur qu’on en a marre de cette situation, qu’ils prennent un peu leurs responsabilités plutôt que de se chamailler ! »

Propos recueillis par Nicolas Terrien