Harmonix, les microbulles de l’espoir

Harmonix, les microbulles de l'espoir

Il y a dans la voix de Delphine Galezowski une énergie calme, mais déterminée. Une façon posée de raconter l’ampleur du défi qu’elle s’est fixé : contribuer à vaincre des maladies qui touchent une personne sur huit en Europe — Alzheimer, Parkinson, Charcot ou encore le glioblastome, ce cancer du cerveau encore très difficile à traiter.

Après plus de dix ans chez AstraZeneca, un MBA aux États- Unis et un poste de direction internationale dans une biotech devenue licorne, Delphine aurait pu poursuivre une carrière linéaire. Mais quelque chose résistait : cette envie “ d’un projet qui la fasse vibrer ”. Elle le trouve grâce à une rencontre décisive avec Anthony Delalande, chercheur orléanais du CNRS, porteur d’un brevet révolutionnaire maturé par C-Valo. Il cherche un associé business ; elle cherche un sens nouveau. “ On venait de deux mondes très différents, mais cela a matché tout de suite ”, dit-elle. En mars 2024, Harmonix naît. Ils ne sont que deux, mais l’ambition est immense.

Une technologie pour franchir la barrière du cerveau

Le verrou majeur des traitements neurologiques est connu : 98 % des médicaments n’arrivent pas à franchir la barrière hémato-encéphalique, ce rempart qui protège le cerveau… et empêche aussi les thérapies d’agir. La technologie d’Harmonix s’attaque précisément à ce frein. Injectées par voie intraveineuse, des microbulles sont guidées par un casque d’ultrasons. Sous l’effet des vibrations, elles ouvrent temporairement la barrière pour laisser passer la thérapie génique exactement là où elle doit agir, sans chirurgie ni diffusion dans tout le cerveau. Les premiers résultats précliniques sont prometteurs : dans un modèle de glioblastome chez l’animal, la thérapie génique a été délivrée de manière ciblée, avec un effet durable. Une avancée scientifique majeure qui ouvre désormais la voie aux études sur le primate, aux partenariats industriels et à des essais chez l’humain espérés d’ici fin 2028.

L’humain au cœur du projet

Derrière la technicité, c’est aussi l’histoire d’une femme qui se découvre entrepreneure. “ Je ne suis ni chercheuse ni médecin, mais je peux apporter quelque chose ”, dit Delphine. Ce qui la porte, ce n’est pas seulement l’innovation : c’est la promesse, l’impact pour des patients que la médecine peine encore à traiter. Son duo avec Anthony est un autre moteur : deux métiers, deux logiques qu’il a fallu harmoniser. “ On a dû trouver notre langage commun. Aujourd’hui, on est très complémentaires. ” Harmonix est désormais hébergée au sein de l’accélérateur de recherche technologique ARNm de l’Inserm, dirigée par la professeure Chantal Pichon, figure française majeure de l’ARN messager. Un environnement de recherche de pointe où l’équipe compte aujourd’hui cinq membres.

Un écosystème qui accélère

Harmonix bénéficie également d’un écosystème qui croit en son potentiel. Le programme TT Booster du LAB’O Orléans les a accompagnés dès le départ : structuration, contacts, stratégie deep-tech, préparation au concours i-Lab… Un concours qu’Harmonix remporte avec le grand prix. Une reconnaissance rare qui crédibilise fortement la startup auprès des investisseurs. Delphine fait aussi partie du programme Scale’Up de Dev’Up, où elle suit des ateliers sur la valorisation d’entreprise, le pacte d’associés ou encore la préparation aux levées de fonds. Ce qui lui permet de se constituer un réseau et d’apprendre vite.

« Ça me fait vibrer » : un projet de sens

Delphine ne vient pas à la neurologie par une histoire personnelle. Ce qui l’a guidée est plus simple et plus profond : l’envie de contribuer à quelque chose qui compte. « Ce projet-là a du sens », résume-t-elle. C’est peut-être là que réside la force d’Harmonix : dans l’alliance d’une innovation scientifique puissante et de l’engagement humain d’une femme qui a décidé de mettre son expertise au service d’une cause majeure. Les années à venir seront déterminantes : partenariats, levée de fonds, premières études chez le primate puis chez l’humain. Une route longue, mais déjà bien engagée. Harmonix porte bien son nom : l’harmonie entre recherche, entreprise et ambition thérapeutique — avec, au bout, l’espoir d’ouvrir enfin les portes du cerveau pour mieux le soigner.

Fabienne Bonvoisin