
À l’heure où s’impose le lobby “ tout sauf le diesel ”, les industriels se posent des questions quant à l’usage des sources d’énergie futures. L’hydrogène est au cœur de la réflexion : y aurait-il une ouverture sur le marché ? Sans doute pas pour le secteur agricole.
John Deere, leader du machinisme agricole, dont une unité de production de moteurs thermiques se trouve à Orléans-Saran, est impliqué depuis trois ans dans un programme de recherche sur les énergies futures. En partenariat avec le laboratoire universitaire Prisme, l’entreprise Caillau à Romorantin, les sociétés Duncha et Phinia (anciennement Delphi) à Blois, John Deere a travaillé à la mise au point d’un moteur à combustion interne, qui pourrait fonctionner à l’hydrogène. “ L’objectif, explique Bruno Rodique, directeur du site John Deere, était d’élaborer un démonstrateur avec la volonté d’expérimenter et d’apprendre ”.
Le démonstrateur a pris la forme d’une paveuse, un engin que l’on voit étaler le bitume sur les routes. Nicolas Marie dirige le bureau d’études de John Deere : “ Une dizaine de nos ingénieurs ont travaillé sur ce sujet, explique- t-il. Avec ceux des autres entreprises et du laboratoire Prisme, ils ont mis au point de nouveaux joints, des colliers résistant à des pressions de 700 bars, des tuyauteries très particulières, des segmentations nouvelles et bien sûr des réglages fins pour optimiser la combustion et donc la consommation ”.
Après trois ans de recherche, ce que l’on soupçonnait est avéré : le moteur à hydrogène de grande dimension fonctionne parfaitement bien, mais…
Car il y a un mais
Mais il sera difficile d’en faire un usage agricole, et ce pour plusieurs raisons : “ Le moteur est très gourmand (dix fois plus qu’un diesel), il faut donc que les engins puissent faire le plein à proximité de la ferme ou des champs. On n’a jamais vu une moissonneuse-batteuse se rendre à la pompe ! Pour des questions de transport, de pression et de sécurité, il est impensable d’avoir des réserves de grande quantité dans des endroits très éloignés de la production.
Pourquoi alors ne pas avoir un l’électrolyseur qui produise l’hydrogène sur place ?
Parce qu’il coûte au bas mot 1 M€ !
L’hydrogène se fabrique à partir de l’eau. “ Avec beaucoup d’énergie électrique, on casse les molécules d’eau pour générer les molécules d’hydrogène, détaille Nicolas Marie. Cela n’a donc d’intérêt que si cet hydrogène obtenu est décarboné, donc idéalement alimenté par de l’énergie nucléaire ”.
On a beaucoup appris
« Ce qui est important, conclue Bruno Rodique, c’est d’avoir appris pour progresser et ne pas rester à la traîne. Il faut que nous soyons en mesure de prendre les bonnes décisions quand l’occasion se présente. Les options ne seront pas les mêmes partout sur la planète. L’éthanol par exemple sera certainement une part d’avenir en Amérique du Sud où l’on trouve beaucoup de canne à sucre, ce qui n’est pas le cas en Europe. La mixité des énergies sera nécessaire ».
Pour l’heure, c’est encore par l’optimisation des moteurs diesel, en mixité éventuelle avec le biocarburant HVO notamment, que s’amélioreront les moteurs, en rentabilité et en décarbonation.
Le projet Hydrogène quant à lui, est en stand-by. John Deere et le consortium régional passent donc en mode veille. Affaire à suivre…
Stéphane de Laage


