
Le réseau d’opticiens français Atol a rapatrié l’été dernier de Chine la fabrication d’une partie de ses montures de lunettes à la Manufacture de Vendôme (41). Une démarche volontariste dans un contexte de ralentissement pour le Made in France.
Cinquième enseigne d’opticiens, basée à Beaune en Côte d’or, Atol fait désormais fabriquer les montures de ses gammes de lunettes Ameya et Latitude dans le Loir-et-Cher. Elle s’est adressée dans ce cadre à La Manufacture de Vendôme, lancée fin 2024. “ Elle produira pour notre compte annuellement plusieurs dizaines de milliers de montures de paires de lunettes, assure le PDG d’Atol, Eric Plat. Nous comptons ensuite monter en puissance pour maintenir des prix acceptables par le consommateur ”. Le volume est ainsi une donnée essentielle pour le développement du Made in France au même titre que l’intégration d’un bureau de design et de sous-traitants très qualifiés.
La Manufacture de Vendôme créée par le groupe lunetier haut de gamme Icare atteste de la volonté de certains grands acteurs de la lunetterie de désormais relocaliser leur production. Le groupe ADCL, concepteur et distributeurs de lunettes notamment pour les marques de prêt à porter de luxe Sandro, Maje et Christian Lacroix, en fait partie. Une démarche vertueuse pourtant semée d’embûches. En cause, notamment le 100 % santé adopté en 2020 en matière d’optique. Assurant le remboursement total des lunettes, il a fortement boosté les montures et les verres fabriqués moins chers, en Asie notamment.
Hausse de la commande publique et du patriotisme des grands groupes
Plusieurs phénomènes structurels handicapent l’essor du Made in France depuis mi-2024, pas seulement dans l’univers de la lunetterie. Et l’Etat en est largement responsable, selon Olivier LLuansi, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). “ Si l’augmentation du prix de l’énergie depuis deux ans a pénalisé la compétitivité des entreprises françaises, le plan France 2030 reste trop focalisé sur le développement de l’innovation de rupture, type batteries électriques ou informatique quantique, constate cet expert. Ce fléchage s’effectue au détriment de la restauration du socle industriel, la raison d’être de son prédécesseur, France relance ”.
Malgré les efforts entrepris, la part de nos montures et verres fabriqués en France, qui étaient encore de 65 % en 2024, est redescendue à 60 % cette année.
Eric Plat
Pour faire repartir le Made in France (MIF) à son niveau de 2021-2023, l’industrie hexagonale doit compter, selon Olivier Lluansi, d’une part sur la priorité de la commande publique en faveur des entreprises nationales, à l’instar de l’Allemagne et de l’Italie. Cela générerait environ 15 milliards d’euros dans les caisses du secteur. D’autre part, la volonté des grands groupes de recréer des écosystèmes locaux grâce à une politique d’achats auprès de sous-traitants en France est la seconde condition du redémarrage. L’on considère que seulement 5 % de commandes des grands donneurs d’ordres privés auprès de fournisseurs exclusivement français apporteraient jusqu’à 20 milliards d’euros supplémentaires à l’écosystème du MIF.
Guillaume Fischer


