
Première et unique femme présidente d’une chambre régionale de métiers et de l’artisanat en France, Aline Mériau porte depuis plus de vingt ans un combat discret mais constant : faire une place aux femmes dans des secteurs encore largement masculins. Pour cette dirigeante du bâtiment, l’enjeu dépasse la seule égalité. Il touche aussi à l’avenir économique des entreprises et à l’évolution du monde du travail.
L’engagement d’Aline Mériau ne vient pas d’un manifeste idéologique, mais d’une expérience vécue. Lorsqu’elle crée l’entreprise Elicaum dans le bâtiment, elle subit un contrôle de l’URSSAF après seulement six mois d’activité. La raison la sidère : une femme dirigeante dans ce secteur suscitait alors la méfiance. « Une femme dans le bâtiment, ça faisait peur », résume-t-elle aujourd’hui. De cet épisode naît une conviction : il faut défendre la place des femmes dans l’entrepreneuriat. Très vite, elle rejoint la Fédération française du bâtiment du Loiret puis crée « Femmes bâtir au féminin », un réseau qui existe toujours.
Quand la mixité améliore aussi les conditions de travail
Longtemps bastion masculin, le bâtiment a commencé à évoluer sous la pression des difficultés de recrutement. L’opération nationale « 30 000 femmes sur les chantiers » marque un tournant. Mais pour Aline Mériau, l’arrivée des femmes n’a pas seulement répondu à une pénurie de main-d’œuvre. Elle a aussi amélioré les conditions de travail pour tous : réduction du poids des sacs de ciment, développement des aides à la manutention, évolution des pratiques managériales… « Cela a bénéficié aux hommes aussi », insiste-t-elle. La dirigeante observe également l’émergence de nouveaux profils dans l’artisanat : davantage de gestionnaires, de spécialistes RH ou de comptables, souvent des femmes associées à des techniciens expérimentés. Une évolution portée par les crises économiques successives, qui imposent aux entreprises de nouvelles compétences.
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Nicolas Terrien


