Ce que le cerveau refuse avant que la situation ne l’exige ! Crédit Mutuel Arkéa, Sodexo, Suez, l’Oréal, de grandes entreprises agissent !

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Pourquoi faut-il toujours attendre le bord du précipice pour bouger ? Pourquoi la loi Rixain, les sanctions, les quotas avant la mixité réelle ? Pourquoi les femmes les mieux diplômées de l’histoire de France se heurtent-elles encore, en 2026, à des plafonds que tout le monde dit vouloir briser depuis vingt ans ? La réponse n’est pas que politique. Elle est aussi de l’ordre neurologique. Et la comprendre, c’est commencer pour les femmes à s’en libérer et aux hommes à apprendre à les aider à cela.

En 1988, les économistes William Samuelson et Richard Zeckhauser ont formalisé ce que tout le monde pressentait sans pouvoir le nommer : le biais de statu quo. Notre cerveau évalue les pertes potentielles avec une intensité deux fois supérieure aux gains équivalents. Changer, même vers du mieux, même avec des preuves, même avec des chiffres, est perçu comme une perte avant d’être perçu comme un gain. Alors on attend. On attend que le coût de rester immobile dépasse enfin le coût perçu du changement. Ce n’est pas du cynisme. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est de l’architecture cérébrale. Et elle s’applique à tout le monde, aux dirigeants qui différent la promotion d’une femme compétente, aux recruteurs qui reproduisent inconsciemment leurs propres profils, aux femmes elles-mêmes qui attendent d’être certaines à 100 % avant de candidater là où un homme se présente à 60 %.

Travailler avec le cerveau, pas contre lui

La bonne nouvelle, c’est que des disciplines entières ont appris à contourner ce mécanisme, non pas en forçant le changement, mais en redessinant ce que les chercheurs appellent l’architecture des choix. Le nudge, né des travaux de Richard Thaler, prix Nobel d’économie 2017, repose sur une idée déconcertante de simplicité : si vous ne pouvez pas changer les préférences des gens, changez le contexte dans lequel ils décident. Rendez le bon choix plus facile, plus visible, plus immédiat. Ne supprimez pas les options, réagencez-les. Et mesurez ce qui se passe. Car rendre visible ce qu’on ignorait est en soi le nudge le plus puissant qui soit. Appliqué à l’égalité femmes-hommes, ce principe produit des résultats que les campagnes de sensibilisation n’ont jamais atteints. Rendre visible la composition genrée d’un jury avant qu’il délibère modifie ses décisions. Fixer la parité comme option par défaut dans les processus de nomination et demander à celui qui s’en écarte de le justifier produit plus de mixité que n’importe quel séminaire sur les biais inconscients. La résistance au changement n’est pas supprimée, elle est contournée, doucement, par le design même des situations.

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Christophe Legendre
Sources : Samuelson & Zeckhauser, “ Status Quo Bias in Decision Making ”, 1988. Thaler & Sunstein, Nudge, 2008. Observatoire de la Mixité/BVA Nudge Unit, expérimentation 2019-2022. L’Oréal, rapport Diversité Équité Inclusion 2023. Bureau Veritas, bilan mixité 2025. PwC/#JamaisSansElles, 2024. DITP, 2024. Index Égapro, résultats 2025.