
Avec son futur centre logistique de 122 000 m², Amazon ne s’implante pas seulement en Eure-et-Loir : le groupe rebat les cartes d’un bassin de vie rural. Mille emplois à terme, 2 000 robots, de nouvelles mobilités et des entreprises attendues dans son sillage… Derrière ce projet industriel se dessine une recomposition économique dont les effets dépasseront largement les murs de l’entrepôt.
À Illiers-Combray, le projet Amazon marque un véritable changement de dimension. Avec 1 000 emplois en CDI annoncés à terme, le futur site figurera parmi les principaux employeurs privés d’Eure-et-Loir, aux côtés de Novo Nordisk à Chartres. Pour ce territoire de 22 000 habitants, l’investissement constitue un puissant levier de développement. « C’est l’implantation la plus significative connue par le territoire depuis plus de cinquante ans », résume Philippe Schmitt, président de la communauté de communes Entre Beauce et Perche. Le choix d’un territoire rural tranche avec les implantations habituelles du groupe, généralement situées à proximité des grandes métropoles. Proximité de l’autoroute A11, foncier disponible et travail engagé depuis plusieurs années par les collectivités ont fini par convaincre Amazon. Ce choix illustre aussi une évolution de la logistique, qui recherche désormais des espaces capables d’accueillir de très grands sites tout en restant connectés aux principaux axes de transport.
Un effet d’entraînement attendu
L’enjeu dépasse les seuls emplois directs. Transport, maintenance, sécurité, restauration, nettoyage ou sous-traitance : tout un écosystème devrait bénéficier de l’arrivée du géant américain. Les élus comptent aussi attirer de nouvelles entreprises sur les zones d’activités voisines, renforçant la visibilité économique du territoire. À plus long terme, cette dynamique pourrait soutenir le commerce local, le marché du logement et l’attractivité résidentielle d’un secteur confronté, comme beaucoup de territoires ruraux, au vieillissement de sa population. Pour les collectivités, l’objectif est de transformer une implantation industrielle en moteur durable de développement et de diversification économique.
Miser sur les compétences plus que sur les diplômes
Autre singularité du projet : le recrutement. Amazon ne demande ni diplôme spécifique ni expérience préalable, privilégiant la motivation et la formation interne. « On prend même des personnes qui n’ont jamais travaillé dans la logistique », explique Ghislain Prévot, chargé de recrutement. Pour France Travail, la campagne est exceptionnelle. « Plus de 1 000 postes, ce n’est pas tous les jours », souligne Christine Foulon, directrice de l’agence de Lucé. Les réunions d’information affichent complet depuis la mi-juin, signe de l’intérêt suscité par cette implantation. Cette politique de recrutement vise aussi à élargir le vivier de candidats dans un contexte où les tensions sur le marché de l’emploi restent fortes dans les métiers de la logistique.
Des robots… et davantage d’emplois
Le futur entrepôt comptera près de 2 000 robots, faisant de la plateforme l’une des plus automatisées d’Europe. Un paradoxe apparent : loin de remplacer les salariés, les robots prennent en charge les tâches répétitives et les déplacements de marchandises, tandis que les opérateurs assurent le contrôle, la préparation des commandes et la gestion des flux. Cette organisation illustre la transformation de la logistique. L’automatisation améliore la productivité, réduit la pénibilité de certaines tâches et accompagne la croissance de l’activité. En parallèle, les compétences évoluent : les opérateurs travaillent dans des environnements de plus en plus technologiques où la maîtrise des outils numériques devient un atout.
Le défi sera aussi territorial
Le principal enjeu reste toutefois la mobilité. Recruter un millier de salariés dans une zone peu dense suppose d’organiser les déplacements quotidiens. « Développement du covoiturage, aides à la mobilité, location de véhicules électriques et amélioration des liaisons cyclables », énumère Philippe Schmitt. Ces investissements répondront aux besoins du futur site, mais pourraient aussi bénéficier durablement à l’ensemble du territoire. Au-delà de la performance industrielle, Illiers-Combray devient ainsi un laboratoire des mutations territoriales. Si les retombées annoncées se concrétisent, cette implantation pourrait démontrer qu’un grand projet industriel peut aussi devenir un levier d’attractivité, de modernisation et de revitalisation pour un territoire rural.
Photo : Le site d’implantation d’Amazon à Illiers-Combray, non loin de l’A11 © Nicolas Terrien
Nicolas Terrien


