Atelier TAC, la matière grise avant la matière neuve

Atelier TAC, la matière grise avant la matière neuve

À l’Atelier TAC, rien ne se perd, tout se pense. La coopérative conçoit et fabrique du mobilier, des aménagements et des scénographies sur mesure à partir de matériaux de réemploi. Une démarche portée, depuis l’origine, par un projet collectif où la polyvalence, la confiance et le plaisir au travail occupent une place centrale.

Dans l’atelier orléanais, bois, métal, plastiques ou cordages ont déjà connu une première vie avant d’être triés, nettoyés, référencés puis transformés. Environ 90 % des matières utilisées sont issues du réemploi. Une contrainte devenue un véritable moteur de création. « Nous essayons de préférer la matière grise à la matière neuve », résume Florian Delepine, l’un des trois cofondateurs de l’Atelier TAC.
L’atelier travaille exclusivement sur commande et sur mesure, en adaptant chaque conception aux matériaux disponibles. Le réemploi impose d’anticiper et parfois d’amener le client à regarder au-delà de son besoin immédiat : imaginer un mobilier démontable, une scénographie réutilisable ou un support modulable plutôt qu’un objet promis à la benne.

Du particulier au Grand Palais

Cette approche séduit une clientèle particulièrement large. L’atelier réalise des meubles pour des particuliers, aménage des commerces et accompagne aussi des collectivités, des grands groupes et des institutions. Bouygues, Vinci, le ministère des Armées, la Cité des sciences et de l’industrie ou le Grand Palais figurent parmi ses références.
L’équipe travaille actuellement sur un projet pour le Palais de la découverte, qui doit s’achever en 2027. Elle y conçoit notamment des dispositifs mécaniques, lumineux ou pneumatiques à manipuler. Une réalisation qui illustre sa force : réunir design, architecture, ingénierie et artisanat, avec un interlocuteur capable de suivre le projet de l’idée à son installation.

Dispositifs interactifs conçus et fabriqués sur mesure pour le Palais de la découverte à Paris © Atelier TAC

Concevoir et fabriquer, sans cloison

À l’Atelier TAC, il n’existe pas d’un côté ceux qui dessinent et de l’autre ceux qui exécutent. La personne qui conçoit est aussi celle qui fabrique. Designers, ingénieurs et architectes se sont formés à la menuiserie et touchent à toutes les étapes des projets. Cette double compétence permet de concevoir plus juste, d’anticiper la fabrication, de se remplacer et de s’entraider. « Nous avons à la fois l’œil du concepteur et celui du fabricant », souligne Florian Delepine.
Cette horizontalité se retrouve dans la gouvernance. Le choix de la SCOP ne résulte pas d’une évolution récente : il a été posé dès la création de l’entreprise, comme une évidence et une composante fondatrice du projet. Le principe « une personne, une voix » garantit que les décisions importantes restent entre les mains de celles et ceux qui travaillent dans l’entreprise au quotidien. « Ici, il n’y a pas de chef. Les décisions importantes sont prises tous ensemble », insiste Florian.
Aujourd’hui, l’équipe compte cinq à six personnes et souhaite conserver cette dimension humaine. Sa priorité n’est pas de croître à tout prix, mais de préserver la confiance, la qualité des relations et la fierté du travail accompli. « Notre critère, c’est le plaisir au travail, la bonne entente et le fait d’être fier de ce que l’on fait », affirme Florian.
Reste un défi : mieux vivre de cette aventure. Tous sont encore rémunérés au SMIC. L’objectif est désormais de consolider l’activité et d’augmenter les revenus, sans renoncer aux engagements sociaux et environnementaux de la coopérative. « Nous voulons continuer avec le même niveau d’exigence, mais réussir à en vivre un peu mieux et plus sereinement. » Trouver cet équilibre sera le prochain grand chantier de l’Atelier TAC.

Fabienne Bonvoisin