Florence Soulier, la tourangelle qui cultive la beauté de la fleur française

Florence Soulier, la tourangelle qui cultive la beauté de la fleur française

À Ligré, à cinq kilomètres de Chinon, Florence Soulier cultive depuis trois saisons des fleurs en agroécologie sur 7 000 m². Elle est portée par la conviction qu’il est urgent de réancrer la fleur dans les terroirs français. Dans un pays où 80 % des fleurs vendues sont importées, ce choix mise sur le circuit court.
Derrière chaque tulipe ou rose vendue au marché se cache une chaîne logistique internationale, et souvent l’usage de pesticides interdits sur le sol européen. Près de 82 % des fleurs coupées proviennent des seuls Pays-Bas (d’après FranceAgriMer, 2022). Face à cette réalité, des producteurs engagés tentent de renverser la tendance. Florence Soulier est de ceux-là.

Florence Soulier, la tourangelle qui cultive la beauté de la fleur française
Florence SOULIER

Architecte d’intérieur de formation, puis paysagiste conceptrice diplômée d’un master de commerce, c’est dans les champs de l’Indre-et-Loire qu’elle s’épanouit. « C’est un joli métier qui a du sens. La beauté, la symbiose avec la nature et la valorisation des fleurs, c’est très agréable », confie Florence depuis sa ferme florale.

Un ancrage territorial

Floriferme s’étend sur 7 000 m² de plein champ et trois tunnels froids. Florence Soulier y cultive une quarantaine d’espèces et plus d’une centaine de variétés ; amarantes, immortelles, pivoines, cosmos, dahlias. Elles sont choisies pour leurs coloris subtils et leurs formes délicates. Le tout, sans un gramme de produit chimique. Florence élabore elle-même ses semis et dans le total respect de la biodiversité.

Cette approche agroécologique est un choix philosophique, et aussi une réponse à une urgence sanitaire. En janvier 2025, le gouvernement a saisi l’Anses pour évaluer l’exposition des professionnels du secteur floral aux agents chimiques dangereux, à la suite du décès d’Emmy Marivain, première enfant officiellement reconnue victime des pesticides. Une fillette dont la mère, fleuriste, avait manipulé des fleurs importées tout au long de sa grossesse.

Une voix dans un collectif

De 8 000 fermes florales dans les années 1980, la France n’en compte plus que 500 aujourd’hui. La région Centre-Val de Loire, comme la plupart des territoires a vu cette culture diminuer.

Face à ce modèle industriel mondialisé, elle oppose une logique du territoire. Ses fleurs comestibles approvisionnent, entre autres, le restaurant Les Jardiniers à Ligré. Elle vend en direct sur le marché de Chinon et aux fleuristes de Tours. Elle crée aussi des décors floraux sur mesure pour mariages, événements d’entreprise et hôtels et propose des seaux de 60 tiges pour les adeptes du DIY (Do It Yourself).

Florence Soulier a rejoint le Collectif de la Fleur Française, qui fédère pour une agriculture plus responsable. « Nos fleurs varient selon la saison. Elles sont plus naturelles, les tiges sont peut-être moins droites, mais les couleurs sont magnifiques », sourit Florence Soulier.

Éduquer le consommateur à choisir la fleur locale et de saison reste le défi de demain. Mais à Floriferme, la démonstration est faite, la beauté peut pousser de façon éthique.
Sophie Manuel