Violences conjugales : les entreprises peuvent devenir des « safe places »

Violences conjugales : les entreprises peuvent devenir des « safe places »

« Aider les entreprises à aider les victimes de violences conjugales », c’est l’objectif du mouvement Safe Place, lancé à l’été 2025. Une cinquantaine d’entreprises dans l’Hexagone ont adhéré à cette solution RSE.

Les violences intrafamiliales ont des effets indirects mais concrets sur la journée de travail d’un ou d’une salarié·e. « Fatigue, hypervigilance, absentéisme, retards répétés, appels voire déplacements du conjoint violent sur le lieu de travail… », liste Séverine Roy. Directrice des ressources humaines d’Ekidom, l’office public de l’habitat du Grand Poitiers, elle a tenté plusieurs fois de trouver des solutions pour accompagner des collaborateurs victimes de ce type de violences.

« Notamment une personne qui n’a jamais pu reprendre pleinement le travail après une hospitalisation, alors qu’elle était motivée. Cela m’a marquée. »
Séverine Roy n’hésite donc pas à faire adhérer son entreprise au mouvement Safe Place, une solution
RSE qui vise à « aider les entreprises à aider les victimes de violences intimes », peu après son lancement à l’été 2025. Créé par l’association 125 et après, en partenariat avec l’Association nationale des DRH (ANDRH), le mouvement compte aujourd’hui « un peu plus de 50 entreprises » de tout profil « de Canal+ au coiffeur de quartier, de France Travail à Lactalis », précise sa fondatrice Sarah Barukh.

Par le passé, cette autrice du livre 125 et des milliers sur les féminicides et elle-même ancienne
victime, s’était plusieurs fois entendu répondre : « Je ne crois pas que ce sujet ait sa place en entreprise », alors qu’elle proposait à des DRH de simples sensibilisations. Le nombre très important d’inscrits, et les témoignages spontanés de victimes qui en suivaient, prouvaient le contraire.

Sarah Barukh a alors listé 60 actions que les entreprises peuvent mettre en place, « sans sortir de leur rôle d’entreprise ». Par exemple, autoriser un salarié à aller porter plainte sur son temps de travail dès lors que ses horaires sont scrutés par le conjoint toxique. Mais aussi, rappeler qu’il est possible de verser le salaire sur un compte personnel et non un compte joint. Ou encore, afficher dans les locaux les numéros pour demander de l’aide.

L’adhésion au mouvement Safe Place, dont le coût est proportionnel à la taille de l’entreprise,
commence par un audit sur ce qui est éventuellement déjà en place dans l’entreprise, et la préconisation de quelques actions prioritaires. L’accompagnement est complété par des webinaires mensuels pour former les équipes volontaires. « Enfin, nous proposons l’accompagnement des potentielles victimes, complète Sarah Barukh. Une victime peut préférer prévenir l’assistante sociale, ou l’équipe référente (par région) de son entreprise, ou bien, si elle ne veut pas que cela se sache en interne, elle peut contacter l’association.

Violences conjugales : les entreprises peuvent devenir des « safe places »

Généralement, elle se sent plus légitime à aborder le sujet puisque cette thématique est prise en compte par son employeur. »
L’ANDRH, partenaire du mouvement, a en parallèle publié un « Guide pratique pour accompagner
vos collaborateurs victimes de violences conjugales », disponible en ligne*. Destiné aux DRH, managers et employeurs, ce livret de 40 pages guide sur l’élaboration d’un plan de protection pour le collaborateur victime et les dispositifs légaux.