
Pour la première fois depuis au moins un demi-siècle, davantage de personnes ont quitté les États-Unis qu’il n’en est arrivé. Ce chiffre inédit depuis la Grande Dépression vient bousculer l’un des mythes fondateurs de la nation américain, en cette année du 250e anniversaire des États-Unis
Saviez-vous que George Clooney est maintenant français ? Et non, ce n’est pas une rumeur, l’acteur américain, son épouse Amal et leurs jumeaux ont eu la naturalisation. Le décret publié au Journal officiel français le 27 décembre 2025 l’atteste de façon officielle. Cette anecdote people résonne comme la métaphore d’un mouvement de fond que les démographes observent actuellement.
Un solde migratoire négatif
Selon un rapport publié en 2025 par la Brookings Institution, le solde migratoire américain serait devenu négatif, une première depuis au moins cinquante ans. « La migration nette a probablement été proche de zéro, voire négative, au cours de l’année civile 2025 », écrivent les auteurs de l’étude. Le pays qui a accueilli des millions d’Irlandais, de Latinos, Italien… voit désormais ses habitants faire leurs valises.
.La première année du second mandat du président républicain Trump a été marquée par un durcissement radical de la politique migratoire ; expulsions massives, restrictions de visas, chasse aux sans-papiers. Washington a d’ailleurs salué ce solde négatif comme la preuve de l’efficacité de sa politique. Mais derrière cette analyse se joue une autre histoire, ce sont les Américains eux-mêmes qui partent.
Le rêve d’ailleurs
Un sondage cité par The Economist révèle que 4 Américains sur 10 rêvent désormais de s’installer à l’étranger pour une vie meilleure. Chez les millennials, ce désir grimpe à plus de 5 sur 10. Chez la génération Z, à plus de 6 sur 10. Et cette aspiration se traduit dans les faits. En dix ans, le nombre d’Américains résidant aux Pays-Bas est passé de 15 500 à 24 000. Au Portugal, leur nombre a triplé. En Espagne, il a bondi de 70 %. En France, en Allemagne et dans les pays nordiques, la courbe progresse également, de façon plus modérée. Les motivations sont diverses ; la sécurité, le coût de la vie, le système de santé, le « climate anxiety », et pour beaucoup, une rupture avec la direction politique du pays.
Certes Clooney n’est pas le plus représentatif des nouveaux émigrés. Mais sa naturalisation française dit quelque-chose que les chiffres confirment, le mythe américain s’est fissuré. Autrefois, on traversait l’Atlantique pour rejoindre le Nouveau Monde. Aujourd’hui, on le traverse parfois dans l’autre sens.
Sophie Manuel


