Quand la science fait pousser des planètes

Quand la science fait pousser des planètes

Cette année, le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire (41) a confié une « carte verte » à Momoko Seto, réalisatrice et scientifique franco-japonaise, dont l’œuvre navigue depuis vingt ans entre pellicule et microscope. Son jardin « Planètes » est une œuvre poétique et cosmique, ancrée dans le thème cinéma de l’édition 2026.

Dans ce jardin nommé Planètes, trois sphères végétales géantes tournent lentement comme des astres. L’une, enveloppée de mousse verte, laisse surgir yuccas et palmes. La deuxième, aux reflets bleu-vert, se couvre de roses, une évocation de la Terre avec un clin d’œil au Petit Prince. La troisième, orange-marron, rend hommage à Mars, et la plante tropicale broméliacée s’impose ponctuellement sur cette planète comme si la vie était plus forte que tout.

De l’autre côté du jardin, un monde sous-marin. Trois bassins circulaires abritent des tubes transparents où les racines des plantes dansent au rythme des bulles. Une musique de fond nous berce dans ce monde cosmique.

Le mouvement, aussi bien des planètes que des bulles d’eau, est omniprésent dans le jardin. Ce mouvement est le lien direct avec le cinéma, thème de l’édition 2026. Momoko Seto est réalisatrice, elle est née en 1980 à Tokyo, formée aux Beaux-Arts de Marseille puis au Fresnoy. Elle a construit une œuvre entière autour d’une seule obsession : filmer ce que l’œil humain ne peut pas voir. Champignons, cristaux, moisissures, graines en germination, tout en time-lapse et en macro, comme une caméra posée sur le monde invisible. Le CNRS lui a remis sa médaille de Cristal en 2021, la plus haute distinction pour un réalisateur scientifique.

Son dernier film, Planètes, sorti en salle le 11 mars 2026, lui a demandé neuf ans de travail. Il raconte l’histoire de quatre graines de pissenlit rescapées d’explosions nucléaires, projetées dans le cosmos en quête d’un sol où survivre. Ce film n’a pas de dialogue, seulement des images, et les pissenlits en sont les premiers personnages.

Momoko Seto dit de la nature qu’elle n’est “pas un décor à piétiner”. À Chaumont-sur-Loire, cette conviction prend racine, au sens le plus littéral du terme.

Festival des jardins de Chaumont sur Loire
Carte verte à la réalisatrice MomoKo Seto. © S. Manuel

Festival international des jardins, domaine de Chaumont-sur-Loire (41), jusqu’au 1er novembre 2026.

Sophie Manuel