
Aurélie Renard-Vignelles est porteuse de troubles dys. Depuis près de dix ans, elle édite des ouvrages didactiques, multiplie les conférences et a conçu le jeu de cartes « Dys, kezako ? », pour expliquer ce que sont ces troubles.
Aurélie est pragmatique. Pour me faire comprendre, à moi neurotypique, c’est-à-dire normal ou ordinaire, ce que sont les troubles Dys, elle me demande d’écrire quelques mots simples de la main gauche, moi qui suis droitier. Le résultat est sans appel : difficulté de préhension du stylo, altération de la concentration et un résultat, avouons-le, assez désastreux ! Les mots dansent sur la ligne, les lettres sont mal formées, il y a des ratures. Tout cela, Aurélie l’a connu, de la petite enfance à l’université, souvent rabrouée par ses instituteurs et ses professeurs qui ignoraient tout des troubles d’apprentissage et d’acquisition.
Aurélie a malgré tout persévéré, jusqu’à l’obtention de son master en informatique.
« Dans l’entreprise où je travaillais ensuite, il m’a été demandé d’expliquer aux autres ce que sont la dyslexie, la dysgraphie, la dyscalculie ou encore la dysphasie ». Autant de mots abscons que les gens ordinaires ignorent, et que souvent les professionnels de l’enseignement et de la médecine ont encore du mal à appréhender.
Non, il n’est pas fainéant !
Aurélie, elle, cumule toutes les formes ou presque de troubles Dys.
À la faveur de son expérience, elle est progressivement devenue conférencière pour expliquer. « Je mets les gens dans la peau d’un Dys, je montre ainsi que les enfants Dys ne sont pas des fainéants et que les douleurs ressenties ne sont pas exagérées ».
Oui, les douleurs mentales, sensorielles et physiques sont bien réelles. C’est la raison pour laquelle il est très fortement conseillé aux porteurs de troubles de le dire clairement à leurs employeurs. « C’est nécessaire pour plusieurs raisons, explique Aurélie. Tout d’abord parce qu’on peut trouver des aménagements dans la journée de travail et organiser des horaires adaptés ; de plus, les troubles peuvent être reconnus par la MDPH*. À défaut, poursuit-elle, certains vont jusqu’au burn-out à force de surcompenser. C’est ce que l’on appelle la stratégie d’évitement ».
On estime que 10 % des Français sont atteints de troubles Dys, soit six millions de personnes qui, pour certaines, ne lisent pas un texte écrit en Times (les lettres ont des empattements qui troublent la vision), subissent le harcèlement scolaire, n’ont pas accès à certains sites Internet ou redoutent de passer un coup de téléphone.
Après une heure de discussion, Aurélie m’avoue être fatiguée par l’effort qu’elle vient elle-même de fournir.
Pour toutes ces raisons, et pour comprendre les Dys, Aurélie s’est donc faite éditrice et vulgarisatrice. « Ma force, dit-elle, c’est ma dysférence ». Ajoutons sa persévérance et sa résilience : formidable et insoupçonnable Aurélie !
* MDPH : maison départementale des personnes handicapées
Stéphane de Laage


