La météo, nouvel indicateur économique ?

La météo, nouvel indicateur économique ?

Après plusieurs épisodes de canicule, la France éprouve concrètement le réchauffement climatique que les scientifiques annoncent depuis quarante ans. Au-delà des impacts sur la santé et la nature, un autre phénomène s’installe, celui de la chaleur, qui pèse directement sur l’économie. Pourrait-elle devenir, demain, un indicateur de croissance à part entière ?

Il est 15 heures à Blois, le thermomètre grimpe à 38°C. Dans les bureaux sans climatisation, on ralentit, on se trompe, on s’agace. Ce que chacun ressent, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) l’a mis en chiffres. En exploitant quarante ans de données économiques et climatiques, ses chercheurs ont montré qu’au-delà de 15°C, la productivité chute de 1,5 à 1,7 % par degré supplémentaire, chaque jour. À 38°C, cela revient à perdre près de 40 % de sa capacité de travail en une seule journée.

Déjà avant le MIT, les universités de Stanford et Berkeley avaient comparé températures et évolution du PIB de 166 pays entre 1960 et 2010. Elles avaient conclu que les pays produisent le plus de richesse à une température moyenne de 13°C. Au-delà, la productivité décline fortement.

Une demi-journée de grève par jour de canicule

L’assureur Allianz Trade a tenté de chiffrer ce coût : une seule journée à plus de 32°C équivaut, pour l’économie d’un pays, à une demi-journée de grève. Rapporté à l’échelle mondiale, les vagues de chaleur auraient déjà amputé le PIB de 0,6 point en 2023. Ce n’est pas vraiment un scoop : sous la chaleur, on travaille moins d’heures, plus lentement et on multiplie les erreurs.

Selon Allianz Trade, les vagues de chaleur pourraient coûter à la France environ 206 milliards d’euros de PIB cumulés entre 2026 et 2030, si les cinq années les plus chaudes récentes venaient à se répéter, soit près de 42 milliards par an. Les secteurs les plus exposés sont ceux où l’on travaille dehors ou dans des lieux difficiles à climatiser : agriculture, BTP, logistique. Sur le terrain, les effets se font déjà sentir : cadences réduites, chantiers arrêtés en après-midi, tournées réorganisées.

L’impact ne s’arrête pas au travail. Le MIT a aussi croisé les données météo de 157 pays avec 1,2 milliard de publications sur les réseaux sociaux : au-delà de 35°C, dans les pays à hauts revenus, la part de messages négatifs bondit de 8 %. Un signal de plus, qui s’ajoute aux pertes de productivité déjà mesurées.

Vers un PIB météo-dépendant ?

De quoi se demander si la température ne mériterait pas un jour sa place dans le calcul de la richesse nationale. Surtout que 70 % des entreprises françaises seraient météo-sensibles. Les ventes de rosé et de bière s’envolent dès 22°C et s’effondrent au profit des boissons non sucrées passé 27°C.

Le Centre-Val de Loire, terre agricole et viticole, subit de plein fouet les canicules à répétition. La question actuelle n’est pas de savoir si la chaleur pèse sur l’économie, mais plutôt de savoir jusqu’où.

Sophie Manuel