Ingénieure, technicienne : des marraines pour susciter des vocations féminines dans l’industrie

Ingénieure, technicienne : des marraines pour susciter des vocations féminines dans l’industrie

Trop souvent vus comme plutôt masculins, les métiers industriels peinent à recruter des femmes. L’association Elles bougent se propose de donner des modèles aux lycéennes ou étudiantes afin qu’elles se projettent dans ces carrières.

Dans l’industrie, moins de 30 % des salariés sont des femmes. Depuis dix ans, ce taux de féminisation a cessé de progresser. Les entreprises industrielles, pourtant, cherchent à recruter des femmes mais les jeunes diplômées s’en détournent souvent.
Selon l’association Elles bougent, c’est par l’exemple que l’on peut renforcer la mixité dans les secteurs scientifiques, techniques et industriels. Pour faire venir les jeunes filles vers ces métiers, quoi de mieux que de leur donner pour modèle des femmes qui y travaillent déjà et y effectuent des carrières valorisantes ?

L’association a été fondée en 2006 par Marie-Sophie Pawlak, ingénieure et directrice des relations extérieures d’une école d’ingénieurs. Sollicitée par de grands groupes industriels qui déplorent le manque de profils féminins dans leurs recrutements, elle fait le constat suivant : « pour susciter des vocations, il faut permettre aux filles de rencontrer des femmes ingénieures et techniciennes en poste, qui leur ressemblent et dans lesquelles elles peuvent s’identifier et se projeter. »
Les adhérentes de l’association, pour la plupart salariées de grands groupes industriels, vont ainsi à la rencontre des jeunes dans les collèges et les lycées. Elles invitent aussi les jeunes filles à des événements professionnels et des visites en entreprise.
Parmi les femmes qui ont endossé ce rôle de modèle pour la future génération, Zineb Bougeard estime qu’il faut « oser certaines carrières dans l’industrie, à des postes techniques qui sont perçus comme masculins. Les jeunes filles n’ont pas connaissance de ces métiers, subissent des injonctions sociales ou s’autocensurent. Notre rôle est de leur dire : vous pouvez y aller ! »

Zineb Bougeard travaille pour EDF à Chinon depuis 2014 et a débuté comme « marraine » pour Elles bougent la même année. Devenue, depuis, déléguée régionale de l’association, elle estime que « les entreprises ne recherchent pas des compétences spécifiquement féminines : elles cherchent des compétences tout court, et ne peuvent pas passer à côté de 50 % des talents. »
Comme toutes les marraines issues des entreprises partenaires, elle va à la rencontre des collégiennes et lycéennes pour témoigner de son parcours professionnel et leur expliquer que « l’on ne renonce pas à être une femme quand on travaille dans l’industrie. » Elle les accueille aussi à la centrale nucléaire de Chinon pour des visites de site.

Les actions de l’association visent désormais aussi les écoles primaires depuis 2026, la délégation de Centre-Val-de-Loire étant pionnière dans le ciblage de ce public d’écolières. Elles bougent aimerait intervenir dans davantage d’écoles, ce qui nécessiterait le recrutement de nouvelles marraines.

Vingt ans après la création de l’association, les premières femmes étant venues aux métiers industriels grâce à Elles bougent deviennent à leur tour marraines, explique Zineb Bougeard : « À Chinon, une nouvelle collègue m’a expliqué s’être tournée vers le nucléaire car, au collège, une marraine d’Elles bougent lui avait dit que c’était possible ! »

Etienne Berrier