Climatisation naturelle : la lente conquête des entreprises

Climatisation naturelle : la lente conquête des entreprises

Le rafraîchissement naturel des locaux industriels constitue une alternative, encore peu utilisée, à la climatisation mécanique. Basée à Luynes, en Touraine, la société Bluetek, l’un des seuls fabricants en France, table sur un développement rapide de ces nouveaux usages dans les entreprises. Explications.

Alors que la France a connu depuis le mois de mai dernier des épisodes de canicule à répétition, les appareils de climatisation tournent à plein régime dans les maisons particulières et les entreprises de l’Hexagone. Pour le seul environnement professionnel, ils ont ainsi émis en 2025 4,6 millions de tonnes équivalent CO2, soit 5 % des émissions du secteur du bâtiment, contribuant ainsi à accentuer le réchauffement climatique. Un constat qui devrait en principe laisser un champ largement ouvert aux outils de climatisation naturelle, notamment le rafraîchissement adiabatique.

Concrètement, l’air entrant traverse un panneau humidifié placé sur les toits ou les murs ; l’évaporation absorbe les calories et l’air ressort plus frais dans le bâtiment. « Le dispositif permet de gagner 10 degrés en moyenne dans les ateliers équipés, assure Jean-Marie Caous, directeur technique de la société Bluetek, l’un des seuls fabricants français de matériels de rafraîchissement naturel. Cela rend le travail bien plus supportable en période de canicule ».

Sobriété en eau et en électricité

« Le mode adiabatique revêt au minimum trois avantages par rapport à la climatisation mécanique, poursuit Jean-Marie Caous. D’une part, il est peu gourmand en eau et en électricité. D’autre part, il ne rejette aucun gaz à effet de serre. Enfin, il est particulièrement adapté aux ateliers d’une superficie importante, difficiles voire impossibles à climatiser ». Ainsi, seulement 8 m3 d’eau suffiraient à rafraîchir une surface de 200 m2.

Malgré leurs avantages, les outils de rafraîchissement restent peu utilisés, essentiellement par habitude et inertie, selon le dirigeant de Bluetek. À sa création, tournée vers la sécurité incendie, la société de désenfumage (395 salariés sur quatre sites et un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros en 2025) s’est diversifiée dans les solutions passives de rafraîchissement, comme la ventilation naturelle et le contrôle des apports solaires, à partir de 2020. Concurrencée par le géant irlandais Kingspan, elle avance à petits pas depuis cinq ans, ce qui ne l’a pas empêchée d’équiper une vingtaine d’entreprises dans l’Hexagone. Il s’agit notamment de la société de fabrication de mobilier professionnel Athex et de la Société des équipements Gautheron et compagnie (SEGM), spécialisée dans l’usinage de pièces métalliques. Situées dans le Maine-et-Loire et dans l’Ain, elles déploient respectivement des surfaces de 4 000 et 2 000 m2 où la température n’a pas dépassé 27° en juillet dernier, d’après Bluetek.

L’évangélisation de l’acteur tourangeau en faveur du rafraîchissement naturel devrait enfin trouver un allié de taille avec la réforme de la réglementation environnementale 2020. Depuis le début de l’année 2026, à l’instar des habitations particulières, tout nouveau bâtiment public ou privé doit en principe être doté de systèmes passifs de rafraîchissement.

Photo : Bluetek a installé des rafraichisseurs adiabatiques sur les toits de son propre site industriel de Luynes d’une surface de 8000 m2 © Bluetek

Guillaume Fischer