La cyclologistique s’implante en région Centre

La cyclologistique s’implante en région Centre

L’utilisation de vélos cargo pour les livraisons en centre-ville de tous types de marchandises progresse en Centre-Val de Loire, notamment à Tours et Orléans, avec une insertion croissante dans les schémas logistiques traditionnels.

Les livraisons à vélo concernèrent longtemps le seul courrier, distribué par des facteurs à bicyclette. Le genre s’est ensuite renouvelé avec des coursiers pédalant, sac isotherme sur le dos, pour livrer des repas pour le compte d’Uber Eats, Deliveroo et autres plateformes. L’utilisation de vélos cargos, avec une capacité de charge accrue, permet désormais de remplacer les fourgonnettes pour effectuer le dernier kilomètre avant livraison.
Depuis quelques années, la France rattrape son retard en la matière sur ses voisins du Nord de l’Europe, avec un plan national pour le développement de la cyclologistique lancé par le gouvernement en 2021, et la création en 2022 d’une fédération professionnelle : les Boîtes à vélo.

En 2024, selon cette fédération, la France comptait 3 400 vélos cargos utilisés professionnellement, dont près de la moitié en région parisienne. L’activité se concentrant dans les plus grandes agglomérations, on compte seulement 70 vélos cargos en région Centre-Val de Loire.

À Tours, par exemple, la société À Vélo 37 a été créée en 2021 par Adrien Pitault, qui travaillait déjà précédemment dans le secteur de la logistique. Passionné de cyclisme, il a troqué son vélo de loisir pour enfourcher un vélo-cargo à assistance électrique, doté d’une grande caisse pour le transport de colis et tractant une imposante remorque. Lui et ses deux salariés effectuent chaque mois un millier de livraisons.

Principal client d’À Vélo 37 : le géant français du transport frigorifique STEF, qui dépose chaque matin environ 600 kg de marchandises au dépôt de l’entreprise tourangelle, à proximité du centre-ville. De là, les vélos munis de caissons à température dirigée livrent les restaurants, fleuristes, épiceries fines et autres magasins d’alimentation. Intermarché est un autre client important de la petite entreprise de cyclologistique, qui livre les courses à domicile.
« Nous avons essayé les livraisons de colis, mais à 70 centimes pièce, il faudrait que chaque employé en transporte 100 à 150 par jour, ce qui est difficile à vélo, constate Adrien Pitault. Nous préférons faire des livraisons avec services, comme monter les courses à l’étage ou livrer du linge propre et récupérer le linge sale à destination d’entreprises de blanchisserie. Travailler en local correspond davantage à notre éthique que livrer dans des boîtes aux lettres des colis e-commerce venant du bout du monde. »
D’autres entreprises, pourtant, livrent des colis à vélo à Tours : c’est le cas des Triporteurs tourangeaux, sous-traitants pour Chronopost et pour le logisticien allemand Schenker, ou encore de Livréco, qui effectue le dernier kilomètre à vélo pour le réseau de transporteurs routiers France Alliance.

À Orléans, c’est autour de la collecte de biodéchets que s’est créée la coopérative Les Cycloposteurs. La société, avec des vélos cargos tractant des remorques, transporte jusqu’au site de traitement Veolia 6 tonnes de déchets par semaine, en provenance des crèches, écoles, lycées, EHPAD ou commerces de la ville. Avec neuf salariés, la SCOP qui a succédé en 2024 à l’association préexistante a généré 450 000 euros de chiffre d’affaires en 2025.
« Il y a encore un énorme potentiel sur les biodéchets, dont la valorisation est aujourd’hui obligatoire, ainsi que sur d’autres transports, affirme Julien Lebrize, co-gérant des Cycloposteurs. Même s’il n’y a pas de contrainte de circulation pour les camions à Orléans, les livraisons de fleurs ou de courses pour les particuliers montent en puissance. »

La coopérative est aussi prestataire pour la distribution de courrier interne pour la CPAM et pour le spécialiste du transport de voyageurs Keolis. Elle effectue aussi le dernier kilomètre pour le logisticien Sterne : une façon pour les vélos cargos de s’intégrer aux schémas logistiques traditionnels.

Photo : Cyclologistique à Orléans © Les Cycloposteurs

Etienne Berrier