
Cet été, les fortes chaleurs ont contraint les géants du cloud à mobiliser toujours plus d’énergie pour refroidir leurs centres de données. À Nantes, une start-up défend une autre voie : des centres de données plus petits, dispersés et refroidis par l’eau du fleuve.
« Aujourd’hui, on ne peut plus vivre sans datacenter : tout y est stocké », rappelle Vincent Le Breton, cofondateur et président de DENV-R. Fondée en 2021 avec Maxime Rozier, la start-up guérandaise a réalisé une expérimentation pendant plusieurs années, quai Wilson : utiliser le courant naturel de la Loire pour dissiper la chaleur des serveurs.
Penser petit plutôt que gigantesque
Les hyperscalers, ces très grands opérateurs de cloud (Amazon, Microsoft, Google…) qui exploitent des centres géants regroupant des dizaines de milliers de serveurs, misent sur la taille pour rentabiliser leurs infrastructures. DENV-R fait le pari inverse : un réseau de petites unités flottantes, au plus près des besoins locaux, pour limiter la chaleur produite et la puissance à évacuer.
C’est là qu’intervient l’eau. Toute la conception du démonstrateur, quatre baies embarquées avec GEPS Techno, a été pensée pour s’en servir : le courant de la Loire évacue directement la chaleur des serveurs, sans pompage ni climatisation. Selon l’entreprise, la hausse de température de l’eau autour de la structure resterait de l’ordre de quelques millièmes de degré. Le courant continu limite en plus les pertes de conversion, et certaines charges de calcul sont décalées pour éviter les pics de surchauffe.
Une V2 en cours
En s’implantant en ville plutôt que dans de vastes zones dédiées, DENV-R réduit l’emprise foncière et rapproche les données de leurs utilisateurs, sans détour par les hubs parisiens. Résultat pour les clients : jusqu’à 20 % d’économies par rapport à un cloud terrestre classique. Cette expérimentation a été menée avec le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire, qui a accordé une concession de huit ans dans sa friche industrielle. Le démonstrateur compte des clients depuis septembre 2025 ; le modèle doit être dupliqué, avec une V2 au design revu et une levée de fonds en préparation.
Avec le deuxième espace maritime mondial et un réseau dense de fleuves, la France a des atouts dans ce cloud flottant naissant.
Photo : Datacenter flottant sur la Loire ©DENV-R
Sophie Manuel


