Bio, où en est-on ?

Bio, où en est-on ?

Alors que la consommation de produits bio repart nettement à la hausse en 2025, la filière agricole connaît un ralentissement inédit : moins d’entrants et un soutien public insuffisant. En Centre-Val de Loire comme en France, acteurs de terrain et professionnels de santé rappellent pourtant le rôle essentiel du bio pour l’emploi, l’économie locale ainsi que la santé publique.

Au sortir de trois années de turbulences, le bio traverse un paradoxe inédit. La demande progresse à nouveau (+4,1 % en valeur au 1er semestre 2025), mais la dynamique agricole s’essouffle. Pour la première fois depuis quarante ans, le nombre de fermes bio recule : selon l’Agence Bio, le secteur a enregistré 2 696 entrants pour 2 861 sortants sur la première moitié de 2025, un solde négatif de 165 exploitations. Un mouvement encore limité, mais nouveau et révélateur d’une fragilisation plus large du monde agricole.

« Les fermes bio génèrent 30 % d’emplois en plus, à la fois pour la main-d’œuvre agricole mais aussi pour la vente à la ferme », rappelle Thomas Prigent, directeur de Bio Centre. En Centre-Val de Loire, où la transition écologique est devenue un enjeu majeur, la bio demeure un levier puissant : création de valeur, vitalité rurale, attractivité des territoires. Pourtant, l’instabilité des soutiens publics fragilise l’engagement des producteurs, alors que 14,9 % des exploitations françaises sont aujourd’hui certifiées et que la filière représente 19 % des emplois agricoles.

Après la crise inflationniste de 2022–2023, les consommateurs reviennent progressivement vers le bio. « Pendant la crise, nous n’avons pas perdu notre clientèle, mais le panier moyen a baissé », souligne Claude Gruffat, ancien député européen et directeur des magasins Biocoop. Le réseau, moteur historique de la filière, affiche une croissance soutenue : +8,5 % en 2024, puis +7,5 % au premier semestre 2025.
La grande distribution, elle, envoie des signaux plus confus. « Le déférencement des produits bio est inquiétant. Pour certaines enseignes, le bio n’est plus une niche de marge, d’où un désintérêt qui crée une crise de l’offre », observe Claude Gruffat. Cette volatilité rend la filière difficile à anticiper pour les agriculteurs.

Pourtant, les raisons de consommer bio restent solides. « En bio, l’exposition aux pesticides est nettement réduite, ce qui diminue le risque de maladies chroniques », rappelle Mélina Bellard, diététicienne-nutritionniste à Blois. Les études épidémiologiques montrent une baisse du risque d’obésité, de diabète ou de certains cancers chez les consommateurs réguliers.

La question des pesticides et des intrants devient d’ailleurs centrale dans le débat public, qu’il s’agisse de la loi Duplomb ou de l’usage de l’hexane, un dérivé du pétrole utilisé par l’agroalimentaire. Autant de sujets qui renforcent l’intérêt du public pour une alimentation plus sûre, et pour des pratiques agricoles qui préservent les sols, l’eau et la biodiversité.

La tendance 2026 dessine un paysage contrasté : la demande repart, la conscience citoyenne aussi, mais la filière reste fragile faute d’un cadre politique stable. Pour les producteurs comme pour les distributeurs, l’enjeu n’est plus seulement de « tenir », mais de sécuriser l’avenir d’un secteur essentiel à la transition écologique. Le bio n’a jamais été aussi pertinent, encore faut-il lui donner les moyens de s’épanouir.

Quelques Chiffres :

  • Le bio en France (2024)
  • 2 711 567 ha Surfaces bio en 2024
  • 10,1 % Part des surfaces bio dans la surface agricole française
  • 61 853 Fermes engagées en bio en 2024
  • 14,9 % Part des fermes françaises engagées en bio

Bio en Centre Val de Loire

  • 106 546 ha Surfaces bio en 2024 (10ème rang français)
  • 4,5 % Part des surfaces bio dans la surface agricole de la région (15ème rang français)
  • 1 975 Fermes engagées en bio en 2024 (10ème rang français)
  • 10,0 % Part des fermes de la région engagées en bio (11ème rang français)

Source l’Agence Bio

Sophie Manuel