Comment AdiWatt ancre la transition solaire dans les territoires

Comment AdiWatt ancre la transition solaire dans les territoires

Installée depuis l’automne 2025 à Fossé, près de Blois, AdiWatt ne fabrique ni panneaux solaires ni cellules, mais tout ce qui permet aux centrales photovoltaïques de tenir debout : structures, fixations, interfaces entre panneaux et toitures ou parkings. Un maillon moins visible, mais devenu stratégique dans une filière encore largement dépendante des importations asiatiques.

Sur son nouveau site de 5 400 m2 aux portes de Blois, qui rassemble désormais conception, opérations industrielles, R&D et logistique, l’entreprise regroupe 77 salariés et prévoit de dépasser la barre des 100 collaborateurs d’ici trois ans. “ La partie structure est difficilement délocalisable ”, explique le directeur général, Paul Azibert, parce qu’elle doit être adaptée à chaque site, modifiable en cours de chantier, mais aussi livrable rapidement. Un impératif dans un secteur où les retards de réalisation peuvent compromettre l’équilibre économique d’un projet déjà long à instruire. Cette proximité industrielle devient ainsi un avantage compétitif face aux géants chinois, spécialisés dans la production de modules.

Un ancrage territorial et une stratégie de diversification

Pour Zouhair Baddi, directeur des opérations du groupe Caillau–AdiWatt, l’ancrage territorial est au cœur du modèle : “ Nous travaillons avec de l’acier européen, nos études et nos conceptions sont réalisées ici à Fossé, et ce sont nos propres équipes qui interviennent sur les chantiers. ” Le déménagement depuis Fontaine-Raoul répond aussi à cet enjeu : le Blaisois offre un bassin d’emploi plus large et permet de renforcer son attractivité et les partenariats avec les écoles à proximité.

Une filière en mutation qui pousse à innover

Cette consolidation intervient dans un marché en pleine mutation. Après plusieurs années d’expansion portée par les toitures de moins de 500 kWc, la filière fait face à un changement de cap : la fin du mécanisme d’obligation d’achat automatique et le passage à un système d’appels d’offres beaucoup plus restrictif. “ Nous allons sentir le ralentissement à partir de 2027–2028 ”, anticipe Paul Azibert. Déjà, le groupe se réoriente vers de nouveaux segments, comme les petites centrales au sol dédiées à l’autoconsommation industrielle, et accélère à l’export, notamment en Allemagne, premier marché européen, où AdiWatt a fait une acquisition en 2024.

Des chantiers visibles et une expertise reconnue

Malgré ces incertitudes, l’activité reste soutenue : supermarchés, stations-service TotalEnergies, ombrières de parkings ou petites centrales de proximité, comme celle visible à Chabris pour l’entreprise PSP. AdiWatt revendique plus de 13 000 chantiers réalisés et se dit parmi les leaders français sur le segment des ombrières photovoltaïques, devenu crucial dans un contexte où le foncier disponible se raréfie.

La diversification comme fil conducteur

Pour le groupe romorantinais Caillau, dont le cœur historique est la fixation automobile et aéronautique, l’entrée dans le solaire en 2021 marque une diversification assumée. « C’est le salut dans un contexte d’incertitude générale », souligne Zouhair Baddi. L’énergie solaire devient ainsi l’un des terrains d’ancrage d’une stratégie industrielle territoriale qui conjugue reconversion, innovation et relocalisation. Autant d’enjeux qui dépassent largement le seul secteur photovoltaïque…

Photo : L’équipe dirigeante d’Adiwatt devant ses nouveaux locaux de Fossé, intégrés durant l’été 2025.

Nicolas Terrien