
Rémi et Solenne Thévenet, agriculteurs céréaliers en Beauce, commercialisent depuis mars dernier une nouvelle référence de graines de courges. Cette diversification leur permet aujourd’hui de vivre correctement de leur exploitation. De son côté Regis Bonnin, exploitant dans l’Indre, table sur sa plantation de bambous pour augmenter aussi ses revenus en fin d’activité.
Prise en étau entre des charges grimpant en flèche et la fluctuation des cours mondiaux, l’agriculture française n’est pas condamnée au déclin et à la paupérisation s’il est fait preuve d’innovation. C’est en appliquant cette recette que Rémi et Solenne Thévenet, repreneurs en 2022 de l’exploitation familiale de 170 hectares de céréales située en Chartres et Orléans, en ont fait la démonstration. « Contrairement aux années 80, une ferme de taille moyenne comme la nôtre ne peut plus subvenir aux besoins d’une famille de quatre personnes, constate Solenne Thévenet, mère de deux enfants. Il fallait donc nous démarquer et trouver un nouveau créneau qui fasse du sens ».
Relocalisation de la culture des courges
Alors que plusieurs de leurs voisins céréaliers de Beauce se sont lancés conjointement dans la bière et dans la farine, le couple de trentenaires, tous les deux diplômés d’une école de commerce, songe à la graine de courge. « Riche en protéines végétales, en fer et en magnésium, elle constitue d’une part un aliment nutritif, de qualité, consommable à tous les repas, assure l’agricultrice. Bien que la consommation française soit conséquente, notamment dans les menus végétariens, les graines de courges sont d’autre part issues de légumes essentiellement importés de chine et d’Europe de l’Est. Face à ce paradoxe, nous avons pensé qu’il y avait un vrai marché ». Une niche qui donne lieu à la création dès 2022 de la SAS Valconie, du nom de la vallée de la rivière la Conie où se trouve l’exploitation.
Les Thévenet, qui ont commencé à planter graduellement des courges il y a cinq ans, exploiteront courant 2026 une trentaine d’hectares de cette cucurbitacée peu consommée pour sa chair. Dans les faits, la plante est concassée pour en extraire les graines, tandis que la chair est laissée au sol pour servir d’engrais aux récoltes futures. A la clé une production de l’ordre de huit à neuf tonnes prévue cette année au sein de Valconie. « Dès le démarrage de la nouvelle activité, nous avons constitué une vraie gamme de graines, brut, torréfiées, salées, sucrées, que nous nous renouvelons chaque année, précise Solenne Thévenet. Le goût ail-basilic constitue ainsi notre neuvième référence depuis mars ».
Nourrir de façon saine et gourmande
Pour écouler sa récolte de graines, le couple a également mis en application les enseignements acquis lors de ses études. Valconie s’appuie ainsi sur deux canaux différents de commercialisation. En premier lieu, un réseau BtoB de quelque 150 épiceries fines et magasins de producteurs diffusent les produits, sous forme brute ou transformée. Ainsi, la marque beauceronne distribue notamment des graines caramélisées, au chocolat, ou encore des pâtes à tartiner mixant graines et noisette. Via 25 à 30 salons organisés annuellement par l’association de producteurs Pari fermier, les agriculteurs vendent également en direct leurs produits à l’échelle de l’Hexagone.
Première récolte en 2020
A la tête également d’une exploitation de 150 hectares à Sainte-Lizaigne dans l’Indre depuis 1982, Régis Bonnin cherchait aussi à diversifier son activité de culture. Elle alterne actuellement trèfle, luzerne, coriandre, blé, orge et maïs. En 2024, il s’est adressé à la société Horizom, spécialisée dans la culture du bambou et basée dans le Landes. A la clé, la plantation de cinq hectares de cette plante peu gourmande en eau et en entretien, sur des terres sous-exploitées de sa propriété. Le bambou, proche du bois à maturité, revêt un intérêt économique avéré. Utilisé comme biomasse, il sert d’une part comme matériau pour produite les panneaux isolants et le papier d’emballage. D’autre part, sous forme de granulés, il alimente les chaudières pour le chauffage des particuliers et urbain. « La marge nette par hectare de bambous planté atteint 2500 euros par an, assure Dimitri Guyot, cofondateur et directeur général d’Horizom. Pour des agriculteurs comme Régis Bonnin, il s’agit d’un complément financier loin d’être négligeable». Depuis sa création en 2022, Horizom a déjà séduit plusieurs dizaines d’exploitants, en Nouvelle Aquitaine, Pays de la Loire et Centre Val de Loire, et généré la plantation de 420 hectares de bambous.
Guillaume Fischer


