Du GIAT à Gedimat : Salbris rêve de sa revanche industrielle

Du GIAT à Gedimat : Salbris rêve de sa revanche industrielle

Vingt-cinq ans après la fermeture du site du GIAT, la petite ville de Salbris croit à son sursaut économique. L’implantation annoncée du centre national de Gedimat sur une partie de ces hectares en friche marque un tournant stratégique pour le territoire. Entre opportunité logistique, reconversion industrielle et mémoire des échecs passés, ce pari symbolise les espoirs — et les risques — de la réindustrialisation à la française.

L’été 1998 restera à jamais ambivalent pour les habitants de Salbris (Loir-et-Cher). Tandis que la France célébrait sa première étoile mondiale en football, la commune de 6 400 âmes, au cœur de la Sologne, encaissait une nouvelle autrement plus amère : la fermeture du site du GIAT. Le centre de fabrication de munitions, fleuron de l’industrie de défense française depuis 1934, vivait alors ses dernières heures. Au plus fort de son activité, dans les années 1980, plus de 800 salariés y travaillaient. Quinze ans plus tard, ils n’étaient plus que 200. La fermeture définitive, intervenue en 2002, a laissé un vide béant – économique, social et symbolique. La commune a perdu 20 % de ses recettes fiscales et toute une génération d’ouvriers spécialisés a vu s’éteindre son outil de travail. Les premières pistes de reconversion – un atelier de démilitarisation de munitions, des projets de sous-traitance — n’ont jamais dépassé le stade des annonces. Le site, classé Seveso “seuil haut” en raison de son passé industriel est resté figé, cerné par les forêts et les étangs de Sologne.

Une succession d’espoirs déçus

Le réveil industriel de Salbris a souvent été annoncé, rarement concrétisé. Premier grand projet avorté : celui de Deret-Prologis, à la fin des années 2000. L’idée avait tout d’un renouveau XXL : une plateforme logistique sécurisée de 26 hectares couverts, 800 emplois à la clé et un investissement compris entre 150 et 200 millions d’euros. Mais la crise financière de 2008 a eu raison de l’ambition. En 2010, les promoteurs jettent l’éponge, laissant derrière eux un site réaménagé… et 23 millions d’euros investis par les collectivités, envolés. La désillusion suivante est venue en 2019, avec Baytree, filiale de l’assureur britannique Aviva. Le groupe voulait y bâtir 60 000 m2 de bâtiments logistiques sur 16 hectares, avec une option sur huit supplémentaires. Là encore, le projet s’enlise : trop de contraintes liées au classement Seveso, des coûts de sécurisation dissuasifs, et surtout l’incapacité à trouver un client prêt à s’implanter dans un environnement perçu comme “sensible”. L’ombre du GIAT semblait condamner toute reconversion…

Photo d’archive du 12 décembre 2007 – le château d’eau de l’unité salbrisienne de production d’armement sera la dernière des constructions de l’emprise GIAT à tomber ! Il aura fallu vingt ans pour qu’une autre construction s’élève enfin…. ©delaage

Stéphane de Laage