
Féminiser un secteur majoritairement masculin, comme le numérique, demande une politique volontariste doublée de pédagogie pour maintenir l’adhésion des collaborateurs masculins. C’est un double défi que tente de relever le groupe Capgemini avec son réseau de collaboratrices Women@Capgemini et, depuis peu, le réseau d’hommes alliés We-men@Capgemini.
Alors que les jeunes filles ne sont que 22 % à étudier l’informatique1, l’entreprise de services du numérique Capgemini ambitionne 40 % d’employées et 35 % de femmes parmi ses leaders exécutifs d’ici 2030. « Si nous faisons le choix d’embaucher une femme, c’est soit parce qu’elle possède plus de compétences, soit à compétences égales avec un candidat masculin », précise Patrick Masseglia, représentant du réseau interne Women@Capgemini. Une précision nécessaire pour éviter le syndrome de l’imposteur chez certaines collaboratrices, mais aussi pour contrer les critiques de candidats masculins écartés. « C’est dans l’ADN de Capgemini d’être mixte depuis longtemps. Nous avons pour ambition que cela transforme l’entreprise », assure Patrick Masseglia.
Des kits de management inclusif
Une ambition qui nécessite de la pédagogie pour ne pas être jugée discriminatoire. En effet, actuellement en France, 40 % des hommes estiment que la promotion de l’égalité femmes-hommes au travail aboutit aujourd’hui à discriminer les hommes². « Pour éviter que notre engagement dans la parité génère du ressentiment, nous avons doté nos responsables d’équipes de kits de management inclusif, permettant d’expliquer clairement les bénéfices pour tout le monde dans l’entreprise. Ce n’est pas spécifique à la parité de genre, mais à l’ensemble de l’inclusion, comme le handicap », note Patrick Masseglia, qui concède que le groupe « se heurte encore parfois à quelques difficultés, avec des critiques, voire des managers encore un peu toxiques. Mais on arrive à recadrer et expliquer. » L’argumentaire est rodé : attractivité de l’entreprise notamment auprès des jeunes générations, complémentarité des visions pour des propositions commerciales plus pertinentes, rayonnement auprès des clients et partenaires, etc.
« Actuellement, 22 % des ambassadeurs de Women@Capgemini sont des hommes. Nous visons les 30 %. Avec mon binôme Valérie Masson, nous avons lancé fin 2025 le réseau We-men@Capgemini, qui réunit les hommes alliés et tous les collaborateurs qui veulent voir que c’est intéressant pour eux aussi », ajoute Patrick Masseglia.
Si le groupe progresse dans ses objectifs de 40 % de femmes parmi ses employées, le challenge semble plus difficile sur la féminisation des leaders. Pour y parvenir, Women@Capgemini mène plusieurs actions, telles que « la présentation des métiers du numérique par des femmes, dès la classe de 5e », ou encore proposer des passerelles « vers le numérique pour des femmes seniors travaillant dans d’autres industries ». Avec, en fil rouge, une attention portée à ce qui peut freiner la carrière des femmes. « Depuis deux ans, on travaille aussi sur les sujets transversaux comme les violences familiales, l’endométriose, etc. On s’empare de ces sujets », conclut Patrick Masseglia.
Note :
1 : État de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en France n°18, 2023.
² Selon le Baromètre sur le sexisme dit ordinaire au travail, de l’initiative #StOpE, réalisé par Ipsos en 2025.
Sonia Barge-Dupont


