Le trou d’air de la cosmétique française à l’export

Le trou d’air de la cosmétique française à l’export

La cosmétique hexagonale, 1ère exportatrice mondiale, est dans un creux début 2026. En cause, la hausse des tarifs douaniers américains l’année dernière et l’attrition du marché chinois que la filière doit compenser pour rebondir.

Habituée à des progressions annuelles de l’ordre de 7%, la cosmétique française (70 milliards de chiffre d’affaires en 2025) a de quoi en vouloir à Donald Trump. Sa décision de juillet 2025 de taxer les produits européens de 15% (2% auparavant) a été accompagnée fin août de droits de douanes additionnels de 50 % sur les composants métalliques des emballages. « Ces mesures se traduiront pour la filière par une perte annuelle de quelque 620 millions d’euros, représentant une baisse de 21%, a indiqué le 15 janvier lors du bilan annuel de la filière à Chartres, Marc-Antoine Jamet, secrétaire général de LVMH et président de Cosmetic Valley, le cluster de l’industrie cosmétique française. Les Etats-Unis restent néanmoins le premier client à l’export de la cosmétique hexagonale avec près de trois milliards d’euros en 2024 ».

La Chine, quatrième zone de chalandise pour la cosmétique Made in France (1,5 milliard d’euros), est également en baisse en 2025, cette fois-ci en raison du ralentissement de la consommation domestique. « La stratégie du pays est majoritairement tournée vers les exportations à bas coût, tout en freinant les importations afin de favoriser son industrie domestique, a poursuivi Marc-Antoine Jamet. En matière de cosmétique, celle-ci est par ailleurs de plus en plus premium et concurrentielle pour nos produits ».

Brésil en ligne de mire

Si la France reste en 2025 le premier exportateur mondial de cosmétiques avec un chiffre d’affaires de 23 milliards d’euros représentant une part de marché de 14%, elle doit d’une part consolider ses positions et d’autre part diversifier rapidement ses implantations pour conserver dans l’avenir son leadership. «Le redémarrage attendu en 2026 de l’économie allemande, après deux ans de récession, et la forte augmentation constaté des exportations en Espagne et en Pologne permettent de relativiser le trou d’air de la cosmétique française en 2025, explique Sylvain Bersinger, économiste auteur d’un rapport sur le secteur présenté lors de la conférence. A contrario, certains nouveaux marchés sont très prometteurs comme le Brésil. Contrairement aux agriculteurs français, qui redoutent à raison sa concurrence, les industriels de la cosmétique ont tout à gagner avec le Mercosur. Il produit peu de cosmétique et ses importations restent pour l’instant limitées à 100 millions d’euros. Cela laisse une marge de croissance importante ».
« Plus qu’une crise, l’année 2025 a constitué un passage à vide pour la filière, qui s’ouvre donc de nouvelles perspectives, estime Sylvain Bersinger. Une fois passé le tryptique défavorable, taxe douanière, retournement chinois et récession allemande, elle va rebondir à l’export. Reste qu’elle devra probablement se contenter à l’avenir de progressions de l’ordre de 3%, deux fois moindre que depuis 2015».

Guillaume Fischer