
Dans son atelier à Dordives, l’odeur du cuir et le cliquetis des machines centenaires racontent une autre histoire de la France artisanale. Celle que Lisa Ménière a choisi d’écrire à son tour en reprenant l’Atelier du Bourrelier, dernière PME française à fabriquer et réparer du cuir “ sous toutes ses formes ”.
Sellerie d’équitation, sièges automobiles, fauteuils, volants ou tabliers de maréchal-ferrant : ici, chaque pièce se transforme, entre rigueur et passion. “ Quand j’ai repris l’atelier, il y a un an et demi, on était quatre. Aujourd’hui nous sommes huit, et l’équipe s’agrandit ”, confie Lisa Ménière, épanouie et sourire tranquille. Ex-consultante en transformation digitale, elle a quitté les open spaces pour retrouver du sens, les mains dans la matière. “ J’étais dans les technologies de l’information, en Europe et aux États-Unis. Le Covid a été un déclic : je voulais faire quelque chose d’utile, de concret, transmettre et réparer plutôt que produire sans fin. ” C’est une suite de mots-clés — cession d’entreprise cuir — tapée un soir sur Internet qui la mènera jusqu’à cet atelier, fondé par d’anciens bourreliers de l’armée, gardiens d’un savoir-faire disparu des écoles depuis les années 1990.
Ici, la transmission se fait directement dans l’atelier, entre les anciens et les jeunes recrues. Alain, l’un des fondateurs, aujourd’hui retraité, continue de venir former les nouveaux et les alternants. “ Je ne veux pas de spécialistes interchangeables, mais des artisans capables de tout faire, de la conception à la réalisation ”, explique Lisa. Chaque projet est confié à un binôme : l’un crée, l’autre contrôle, puis inversement ; quelle que soit la nature du projet, création ou réparation. Une chaîne humaine, plutôt qu’une chaîne de production.
Un modèle 100 % français
Fidèle à ses valeurs, Lisa Ménière défend un modèle artisanal exigeant : fabrication 100 % française, 100 % sourcing français. “ Je travaille uniquement avec des tanneries et grossistes français ; il n’en reste plus beaucoup, à peine sept grandes tanneries dans tout le pays. Les fermetures ont suivi la fin du tannage au chrome et la montée des normes environnementales. Mais ceux qui restent font un cuir d’exception : durable, respirant, magnifique. ” Chez elle, rien ne se perd : les chutes de cuir deviennent des marque-pages ou des accessoires, parfois vendus sur les marchés de Noël. “ On parle beaucoup de RSE ; ici, elle fait partie de notre quotidien : moins de 200 euros d’électricité par mois, une seule poubelle de carton par semaine. ”
Si l’atelier honore depuis vingt-cinq ans le marché de la Garde républicaine, il attire aujourd’hui de nouveaux clients : la Police montée, de nouvelles marques automobiles, des collectionneurs, restaurateurs d’automobiles ou particuliers. “ Les gens font parfois 300 kilomètres pour venir faire refaire leur volant ou leur selle. Ils savent qu’ici, dans vingt ans, leur pièce sera encore intacte. ”
Ce contenu est réservé aux abonnés
Afin d'accéder à la totalité du contenu, abonnez-vous à l'épicentre grâce à l'une de nos formules en cliquant ci-dessous.
Fabienne Bonvoisin


