
Après la soie, la soierie tourangelle Roze envisage de produire des tissus d’ameublement, voire des vêtements, issus d’autres fibres végétales. Explications.
La soierie Roze, basée à Saint-Avertin dans l’agglomération tourangelle, a beau avoir 360 ans d’existence, elle continue d’innover et de se diversifier. Son dirigeant depuis 2018, Arnaud Lebert, poursuit ainsi le tissage d’autres fibres de matières végétales que les muriers, l’arbre dont se nourrissent les vers à soie. Après les fils de lin et de chanvre, l’entrepreneur a commencé à travailler les tomates, les oranges ou encore les algues en tant que matières premières. “ L’objectif est d’une part de réaliser des tissus d’ameublement à partir d’un mélange de ces fibres, assure Arnaud Lebert. D’autre part, nous testerons à terme la fabrication d’habits, avec ensuite, le lancement d’une gamme complète si l’expérience est jugée satisfaisante ”. Engagée dans une démarche éco-responsable depuis sa relance il y a six ans, la soierie Roze compte fabriquer également ses propres teintures naturelles. Elles sont actuellement entièrement chimiques. Pour ce faire, la société vient de recruter la designer textile Lou Ramage, avec la volonté d’effectuer de premiers essais dès l’année prochaine.
Dernière soierie tourangelle
Fondée en 1660 à Tours par Jean-Baptiste Roze, fils de marchands de tissus picards, la soierie Roze a été reprise en liquidation par l’entrepreneur parisien Arnaud Lebert il y a sept ans. Après douze générations de la même famille à sa tête, elle reste le dernier témoin du riche passé soyeux de Tours. De fait, l’avant-dernière soierie de la ville, Le Manach, a fermé ses portes en 2009. “ ll était inconcevable de laisser mourir une telle entreprise du patrimoine vivant. Nous avons d’abord réorganisé entièrement l’outil industriel et les stocks pendant près d’une année, explique Arnaud Lebert. La seconde étape a consisté à repartir de l’avant au plan commercial, en récupérant d’une part les clients historiques de la soierie, et d’autre part en en gagnant de nouveaux ”. Le sauvetage porte ses fruits. Dès 2019, Roze, qui emploie actuellement douze salariés, a doublé son chiffre d’affaires atteignant un million d’euros.
Concept store autour du textile
Pour Arnaud Lebert, la remise sur les rails de la soierie Roze s’inscrit dans un projet plus global : la relance d’une filière de la soie en Centre-Val de Loire. A la clé, la réintroduction de la culture des vers à soie, grâce à la replantation de quelque 6.000 muriers blancs en 2024 et 2025. Elle avait disparu localement à la fin du XIXe siècle en raison de la pébrine, la maladie de ces insectes. “ Aujourd’hui, notre fil provient majoritairement de Chine et, dans une moindre mesure, d’Italie, reconnaît le dirigeant. Or, la question de la matière première est primordiale pour améliorer aussi l’éthique de nos produits ”. Cette démarche durable se traduit par la création d’un conservatoire du murier blanc à la Ressourceraie, l’exploitation de plantes végétales d’Arnaud Lebert, située dans l’Indre. Pour renforcer la future filière locale de la soie en gestation, l’entrepreneur nourrit plusieurs autres projets. Il ouvrira notamment cette année un premier concept store autour du textile dans l’Indre, puis un second à Paris en 2026. Un prix Roze du meilleur décorateur et ensemblier de cinéma sera également lancé l’année prochaine.
Les tissus d’ameublement Roze figurent au catalogue des plus grands éditeurs, Pierre Frey et Claremont notamment. © Roze
Guillaume Fischer


