
Chaque matin, Sandrine se lève à 6 h 30. Elle prépare les petits-déjeuners, cherche la chaussette perdue, note le rendez-vous chez l’orthodontiste, rappelle sa mère avant de partir au bureau. Son compagnon se lève à 7 h. Cette demi-heure d’écart, multipliée par 365 jours, par des millions de foyers : c’est là que se niche l’une des inégalités les plus tenaces de notre époque.
En France, les femmes consacrent en moyenne près de 4 heures par jour aux tâches domestiques, contre un peu plus de 2 heures pour les hommes. L’INSEE le documente dans son enquête Emploi du temps : 64 % des tâches ménagères et 71 % des tâches parentales au sein des couples sont assurées par les femmes. Un travail réel et quotidien.
Depuis 1984, la notion de charge mentale est apparue. La sociologue Monique Haicault la décrivait comme « le travail invisible d’organisation du quotidien » : ce n’est pas seulement faire les choses, c’est surtout penser à les faire. Penser qu’il faut racheter du dentifrice. Se souvenir du rendez-vous chez le pédiatre, vérifier les devoirs, organiser les vacances. Quarante ans après, le phénomène est documenté : 71 % d’entre elles déclarent ressentir une forte charge mentale au quotidien. 53 % expriment un stress quotidien. 41 % se sentent régulièrement dépassées. (News RSE / IFOP / MGEN, décembre 2024).
Et pourtant, 81 % se disent satisfaites de leur vie personnelle. Les deux coexistent. C’est le propre de ce type de fardeau : un sentiment persistant de ne jamais en faire assez. Comme si le problème venait d’un manque de discipline personnelle, alors que c’est la to-do list elle-même qui est devenue impossible.
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Sophie Manuel


