Clipp : l’innovation au service d’un sevrage en douceur

Clipp : l'innovation au service d'un sevrage en douceur

Dans l’univers de la puériculture, l’innovation prend souvent la forme d’un design revisité ou d’un matériau plus performant. Avec Clipp, elle s’attaque à un problème que tous les parents connaissent, mais auquel peu de solutions efficaces avaient été apportées jusqu’ici : comment aider un enfant à arrêter la tétine sans conflit ni rupture brutale ?

À l’origine du projet, il y a un double vécu — celui d’un professionnel de santé et celui d’un père. Orthésiste et fondateur de deux laboratoires spécialisés en orthodontie, Arnaud Biezanek travaille depuis plus de vingt ans aux côtés de praticiens qui corrigent les conséquences de certaines habitudes buccales chez l’enfant. Dans son quotidien, il voit passer des centaines de cas de palais trop étroits ou de mâchoires mal positionnées, souvent liés à ce que les spécialistes appellent la succion tardive. Devenu père en 2015, il introduit naturellement la tétine auprès de ses enfants — tout en réfléchissant immédiatement à la manière de la retirer progressivement. L’idée de Clipp naît là, à la croisée de l’observation clinique et de l’expérience familiale. « La tétine n’est pas l’ennemie absolue. Bien utilisée, elle répond au besoin naturel de succion du nourrisson. Le véritable enjeu, c’est de l’arrêter au bon moment » explique Arnaud.

Un sevrage progressif, comme une décroissance douce

Le système Clipp repose sur cinq collerettes modulables qui se fixent successivement autour de la tétine. À mesure qu’elles s’ajoutent, la partie de succion devient plus petite, jusqu’à perdre progressivement son intérêt pour l’enfant. En l’espace d’un mois environ, la transition se fait naturellement : l’enfant garde son repère familier, mais l’habitude s’estompe d’elle-même. Le principe est celui d’un véritable sevrage, comparable aux approches médicales où l’on diminue progressivement une dépendance plutôt que de l’interrompre brutalement. « L’enfant n’est pas confronté à une disparition, il traverse une transition ».
Les premiers prototypes sont testés à la maison, puis le projet reste plusieurs années dans un tiroir. Il faudra attendre 2021 pour que l’idée prenne une dimension entrepreneuriale, avec le dépôt d’un brevet et le développement industriel du produit. Fabriqué en France, Clipp arrive sur le marché deux ans plus tard.

Des orthophonistes en premiers prescripteurs

Très vite, les retours des familles sont positifs. Mais une surprise attend l’équipe : les premiers prescripteurs ne sont pas les orthodontistes, pourtant proches du projet, mais les orthophonistes. Confrontés à de nombreux enfants qui gardent leur tétine trop longtemps, ils y voient un outil simple pour accompagner le sevrage avant de commencer leur travail thérapeutique. Les pédodontistes — dentistes spécialisés pour les enfants — s’y intéressent également. Une thèse universitaire récente consacrée au dispositif vient d’apporter les premières données scientifiques sur son efficacité, avec des résultats très encourageants. « Ce qui nous a surpris, c’est la vitesse à laquelle les professionnels de santé se sont approprié le dispositif. Ils attendaient quelque chose de simple et d’efficace » conclut Arnaud.

Reconnu comme dispositif médical, Clipp est vendu principalement en pharmacie et sur le site de la marque, clipp.fr. Déjà adoptée par plus de 80 000 familles, en France majoritairement mais aussi en Suisse et en Belgique, la tétine affiche une ambition claire : devenir le leader européen du sevrage. Une innovation discrète, mais dont la trajectoire commence à peine.

Fabienne Bonvoisin