
Le marchand crée de la valeur, il ne la capte pas
Docteur en sciences économiques, thèse soutenue en 1978 sous la direction de Raymond Barre, Michel-Édouard Leclerc rejoint l’entreprise familiale en 1979, quelques années après avoir aussi décroché des maîtrises de philosophie et de sciences politiques. Fils d’Édouard Leclerc, fondateur de l’enseigne à Landerneau en 1949, il en coprésidera l’association pendant dix-sept ans avant de succéder à son père en 2006 à la présidence du Comité stratégique des centres E.Leclerc. Depuis, il s’est imposé comme l’une des voix les plus écoutées — et les plus commentées — du commerce français, intervenant régulièrement sur le pouvoir d’achat, la régulation de la distribution ou la transition écologique du secteur.
C’est à ce titre qu’il préside le cycle Économie de la 29e édition des Rendez-vous de l’Histoire, qui se tiendra en octobre à Blois autour d’un thème qui le concerne au premier chef : “ Les Marchands ”. Une figure qu’il incarne depuis près de cinquante ans et sur laquelle il revient sans détour dans cet entretien.

- L’épicentre : La sobriété est au cœur de notre dossier de septembre, un sujet désormais dans l’actualité de notre société. La Grande Distribution, née dans les années d’après- guerre, semble n’avoir jamais dû faire face à un tel changement, qui suggère l’arrêt de la surconsommation ou tout du moins un engagement vers une consommation plus responsable. Comment ce mot résonne-t-il pour un dirigeant tel que vous ?
- Michel-Edouard Leclerc : Le modèle de la grande distribution s’est construit dans l’après-guerre dans un contexte à la fois de sortie du “ marché noir ”, de l’essor du “ baby- boom ” et de nécessité d’accessibilité des produits de grande consommation au plus grand nombre. L’objectif était de retrouver “ tout sous le même toit ”. Des enseignes comme E.Leclerc ont cherché à combattre les rentes de situation, baisser les coûts de structure et réduire les intermédiaires. D’une certaine manière, la recherche d’efficacité et de sobriété fait partie intégrante de nos gènes. Cependant, la prise de conscience écologique et environnementale actuelle impose une mutation profonde, comme le montrent les évènements climatiques de ces dernières semaines. On ne reviendra pas en arrière. Pour un dirigeant comme moi, la sobriété résonne comme un défi d’innovation : il ne s’agit pas d’arrêter d’échanger, mais d’apprendre à consommer mieux avec des choix éclairés pour le consommateur. Cela implique une transformation de nos métiers sur l’ensemble de la chaine logistique.
Je suis de ceux qui ne croient ni aux vertus de “ l’écologie punitive ”, ni aux injonctions péremptoires, voire contradictoires. Aux politiques de fixer le cap, aux acteurs économiques d’apporter des solutions de terrain, d’expérimenter selon les besoins et les enjeux du territoire. Il faut de la stabilité. De toute manière, les entrepreneurs qui voudront transmettre leur patrimoine savent qu’ils doivent être classés vert plutôt que rouge, noté A que E : quelle que soit soit la motivation derrière, tant que la cause environnementale avance, c’est ce qui compte.
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Photo : © Florian Leger


