
La construction en 2028 d’une centrale solaire par la société montpelliéraine Urbasolar sur un ancien site de munitions désaffecté situé à Salbris (41) illustre une nouvelle façon pour l’État de bénéficier de sa propre énergie renouvelable à un prix garanti. Explications.
Le ministère des Armées est précurseur côté transition énergétique des services de l’État. Il est ainsi le premier à avoir signé récemment un contrat d’achat direct d’énergie renouvelable (Power Purchase Agreement – PPA) avec la société montpelliéraine Urbasolar, répondant ainsi aux objectifs de la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi APER) votée en 2023. À la clé, la construction à ses frais d’une centrale photovoltaïque par l’énergéticien basé dans l’Hérault sur une friche militaire de 110 hectares située à Salbris, dans le Loir-et-Cher. En échange d’un prix fixe, Urbasolar se voit garantir l’achat de l’électricité par le ministère des Armées pendant trente ans.
Concrètement, la centrale, dont l’emprise équivaudra à 25 % de la surface de l’ancien dépôt de munitions et qui commencera à être construite fin 2028, regroupera plusieurs dizaines de milliers de panneaux solaires. « Avec une mise en service prévue en 2030, elle assurera, en vitesse de croisière, une production annuelle d’électricité de 50 gigawatts, explique Mathieu Morlay, manager du projet PPA de Salbris. Cela représente environ 4 % de la consommation énergétique totale des armées en métropole, soit la consommation d’une ville de 20 000 habitants. »
Sécuriser les tarifs de l’électricité
Pour le ministère des Armées, le dispositif revêt au minimum deux avantages. D’une part, il met ainsi à profit son important parc foncier inutilisé après les réductions successives du format des armées entre 1990 et 2010. Outre le coût des travaux, Urbasolar prendra également à sa charge la dépollution des sols. Balard maîtrisera, d’autre part, la fourniture de sa propre énergie, notamment en sécurisant ses tarifs, qui ne seront plus soumis aux fluctuations du marché comme actuellement. En 2022, après l’attaque de l’Ukraine par la Russie, le mégawatt avait atteint le prix de 700 euros avant de retomber à 60 euros quatre ans plus tard. « Dans le contexte géopolitique international incertain, tout ce qui contribue à accroître la souveraineté énergétique de nos armées est le bienvenu, précise Mathieu Morlay. Il est donc évident qu’après Salbris, d’autres terrains militaires seront utilisés à cet effet. »
Ainsi, deux nouvelles emprises militaires désaffectées de l’Hexagone pourraient donner lieu à court terme à la signature de contrats identiques à celui de Salbris. Si le manager ne précise pas leur localisation, secret-défense oblige, elles permettraient à moyen terme de produire 1,3 térawatt supplémentaire. « Notre objectif est d’atteindre 10 % d’autoproduction de notre consommation, conclut Mathieu Morlay, et nous en prenons clairement le chemin. »
Photo : La centrale solaire de la base militaire de St-Christol-d’Albion dans le Vaucluse fournit une partie de l’énergie consommée par le 2e régiment étranger de génie (REG). © Service d’infrastructure de la Défense
Guillaume Fischer


