
Au cœur des quartiers nord de Blois, derrière les façades colorées de la Maison de Bégon, Loredana Méchin rassemble. Entrée comme stagiaire il y a plus de vingt ans, elle en est devenue la directrice en 2021. Portrait d’une femme qui œuvre sans bruit, mais avec conviction pour une culture accessible à toutes et tous.
Rouge, jaune, orange : à Blois, la façade de la Maison de Bégon ne passe pas inaperçue. À l’intérieur, un lieu vivant, populaire, ancré dans son quartier depuis plus de 50 ans. Et au cœur de cette maison, une femme qui en connaît chaque recoin. Discrète, Loredana n’est pas du genre à se mettre en avant. “ Ce n’est pas un rôle que j’ai réclamé, mais un cap que j’ai accepté ”, dit-elle sobrement “ L’équipe, le bureau de l’association et le cabinet de recrutement m’ont encouragée à franchir le pas. Je me suis dit que c’était le moment. ”
Loredana connaît cette maison par cœur. Elle y entre en 2002, comme stagiaire en BTS comptabilité-gestion. Puis elle enchaîne les postes : secrétaire, assistante de direction, chargée de coordination, référente de projets… Elle traverse les années, les évolutions, les crises internes.
À la tête d’une équipe de dix salariés permanents, entourée de sept intervenants artistiques, de deux agents d’entretien et de nombreux bénévoles, Loredana a su stabiliser la structure. La transversalité y est cultivée. Le management horizontal, basé sur la confiance et la co- construction. Chaque permanent est référent d’un projet. Chacun peut proposer, tester, évoluer. “ Je ne décide pas seule. J’aime faire émerger les idées, les accompagner, les mettre en cohérence. Le reste, c’est du cadre. ”
Une directrice sur le terrain
Malgré la charge administrative, Loredana tient à rester connectée à la vie du lieu. On la croise dans les couloirs, sur les événements, autour d’un café avec un bénévole ou assise en grande discussion sur le canapé avec un habitant. “ Le terrain, c’est ce qui me nourrit. Je ne veux pas devenir une directrice de bureau. ” Ces moments informels sont à ses yeux essentiels : “ l’écoute, c’est le point de départ. ”
Cette proximité n’empêche pas la rigueur dans la gestion. Avec un budget annuel d’environ 900 000 €, dont les deux tiers sont des subventions, la Maison de Bégon doit faire preuve d’ingéniosité pour maintenir son niveau d’activité. La Maison de Bégon est aujourd’hui stable et reconnue.
Le terrain, c’est ce qui me nourrit.
Je ne veux pas devenir une directrice de bureau.
Des événements fédérateurs
Chaque semaine, la Maison de Bégon accueille des ateliers de danse, de musique, de théâtre, d’arts plastiques, ouverts à tous. Elle abrite aussi un Centre des Langues du Monde où l’on apprend le français, l’anglais, l’italien… Elle programme concerts, expositions, spectacles, débats, rencontres. Parmi les grands rendez- vous qui rythment l’année, la Guinguette de Blois avec plus de cent bénévoles ou encore les Ranc’arts, un festival qui rassemble des personnes d’horizons différents dans une superbe ambiance.
Ce qui fait sa singularité, c’est sa capacité à faire du commun. Résidences participatives, créations co- construites avec les habitants comme les “ Wanted ” ou les “ Basta’causettes ”, “ On crée des passerelles entre les gens, les cultures, les générations. Ce que nous faisons, c’est du lien ”, résume Loredana.
Sans tambour ni trompette, elle dirige une maison où l’on crée ensemble. Et elle fourmille de plein d’idées de nouvelles actions. Des projets spécifiquement tournés vers les femmes : parole, santé, précarité menstruelle… sont dans les réflexions “ Il y a des besoins. La culture peut être un levier de mise en récit, d’émancipation. ” Loredana Méchin incarne une manière de faire de la culture autrement : ancrée dans le réel, respectueuse des identités, tournée vers l’humain. Dans un monde où les fractures s’aggravent, des femmes comme elles sont des phares. Pas les plus visibles, mais les plus indispensables.
Sophie Manuel


