Vers la “ densification douce ”

Vers la “ densification douce ”

Éric Peigné

Urbaniste et correspondant “ ville durable ” à la direction départementale des territoires d’Indre-et-Loire (DDT 37), Éric Peigné prône une “ densification douce ” de l’habitat. Ses propos trouvent un écho favorable auprès du ministère de l’Aménagement du territoire. Explications.

Éric Peigné œuvre pour la “ densification douce ” de l’habitat, qui passe selon lui par l’évolution du bâti existant via une densité horizontale, à l’opposé de la “ densification dure ” qui consiste à démolir et reconstruire. On sait que les Français restent très attachés au pavillon, à la maison individuelle. Il s’agit de concilier cette aspiration avec les objectifs de sobriété foncière.
“ Ce que j’appelle “ l’habitat dense individuel ” peut attirer les habitants si des principes de qualité urbaine sont appliqués, tels que le respect de l’intimité, des jardins à l’arrière, de la verdure en cœur d’îlot ”, estime-t-il. Pour lui, les surfaces des maisons individuelles sont généralement trop vastes. “ Le seul levier inutilisé aujourd’hui dans l’accession sociale à la propriété, c’est celui de la petite maison sur un petit terrain. Or 71 % des Français souhaitent un jardin petit (inférieur à 250 m2) ou moyen (entre 250 et 500 m2) (1) ”. Problème : le marché du neuf ne propose pas de biens de ce type. Et ce n’est pas tout : les besoins démographiques, en lien avec la décohabitation des ménages et le vieillissement de la population, abondent aussi dans le sens de petits logements. Conséquence : il faut densifier, encore et toujours ! “ Les acteurs de l’urbanisme osent rarement une densité de plus de 15 logements par hectare, alors qu’on peut aller bien au-delà ”, assure l’expert tourangeau.
Concrètement, comment se traduirait la densification douce dans l’urbanisme ? “ Je propose l’îlot fermé ou le pâté de maisons, en forme de parallélépipède d’une surface inférieure à 1 hectare et comprenant 20 à 30 parcelles d’une superficie de 350 à 400 m2, avec une majorité de petits terrains et une minorité de grands, répond Éric Peigné. Dans cette configuration, l’habitat collectif peut fonctionner ”.

Stop à l’étalement urbain

Depuis des décennies, la législation tente de limiter l’étalement urbain. La démarche “ Zéro artificialisation nette ” nous y accule. Pour Éric Peigné, la solution, c’est de s’intéresser aux “ tissus urbains peu denses, qui représentent plus de 80 % de la superficie des ensembles urbains, lesquels sont globalement très étalés. Pour lui, pas de doute : “ le potentiel de renouvellement urbain (ou “ densification douce ”) de ces tissus est colossal ”. Comment cette notion se décline-t-elle dans le bâti existant, notamment dans les lotissements ? Elle peut prendre plusieurs formes : division de terrains, construction d’un logement détaché de l’habitation sur un grand terrain, extension horizontale ou verticale d’une maison existante, transformation d’une annexe en logement… À Périgueux, la ville, accompagnée par un bureau d’études, a déployé la démarche “ Build in my backyard ” (BIMBY ou “ Construire dans mon jardin), quelques 250 logements ont pu ainsi voir le jour. “ Ce qui montre qu’il y a bien une mutabilité des terrains et des biens immobiliers ! ” conclut Éric Peigné. Au ministère de l’Aménagement du territoire, un groupe de travail, inspiré par les réflexions de notre expert de Tours, intitulé “ Mutations pavillonnaires ”, a vu le jour. Tout un programme…

1. Baromètre KANTAR public – Les français et les villes moyennes, octobre 2022.
Nathalie Da Cruz