
Une photographie publiée sans autorisation, un sac imité sous un autre nom, un design repris avec quelques variations… Face à la circulation massive des images, Pixways met l’intelligence artificielle au service d’un enjeu très humain : aider les créateurs à connaître leurs droits et à les défendre.
À la tête de Pixways, Christophe Ralite pilote une entreprise qui développe cinq solutions autour de l’image. PixTrakk Images automatise une tâche jusque-là fastidieuse. Photographes, illustrateurs et agences déposent leurs visuels sur la plateforme, qui les recherche sur les sites web du monde entier, mais aussi dans la presse papier française. Chaque correspondance est documentée : page, URL, date, capture d’écran. L’utilisateur vérifie alors si l’exploitation a été autorisée et facturée.
De la détection au recouvrement
PixTrakk organise aussi le parcours qui suit la découverte : qualification de l’usage, estimation des droits et, en cas d’exploitation illicite, transmission à un réseau international d’avocats spécialisés. Entre droit d’auteur, droit à l’image, originalité de l’œuvre et preuve de titularité, le terrain juridique reste complexe. La technologie détecte ; l’expertise humaine décide de l’action.
La solution s’adresse aux indépendants comme aux grandes agences. L’offre web & légal débute à 99 euros par an pour 3 000 images. Dans la presse, l’enjeu est parfois moins de poursuivre que de retrouver des parutions non signalées pour les facturer.

Reconnaître un objet, même déguisé
Avec PixTrakk Objects, lancé cette année après une phase de tests, Pixways franchit une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus de retrouver une photographie identique, mais de reconnaître un objet sous des angles, des décors ou des couleurs différents. À partir de plusieurs vues, l’outil combine reconnaissance visuelle et mots-clés traduits en quatorze langues. Il peut repérer la copie d’un sac sans le nom de la marque, rechercher l’antériorité d’une monture de lunettes ou surveiller un motif, une gravure ou un produit industriel.
Pour les marques, designers, fabricants et spécialistes de la propriété intellectuelle, l’outil industrialise une veille impossible à mener manuellement. Il aide à documenter une contrefaçon, un parasitisme commercial, une concurrence déloyale ou l’activité du marché. Les TPE et PME sont particulièrement concernées : elles disposent rarement des moyens d’assurer une surveillance mondiale. Les forfaits vont de 99 euros par mois pour un objet à 350 euros pour six à dix références, puis sur devis.
Pour accélérer son développement, Pixways bénéficie du soutien de la région Centre-Val de Loire. L’entreprise a notamment intégré le programme Néo-Exportateur de la Team France Export, qui l’a accompagnée dans la structuration de sa stratégie internationale. Une première étape décisive pour cibler notamment la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas. « Nous ne serions jamais arrivés là sans ce soutien », souligne Christophe Ralite.
Également accompagnée dans le cadre de France 2030, l’entreprise a recruté en novembre 2025 un docteur en intelligence artificielle spécialisé dans l’analyse d’images, portant son équipe à dix collaborateurs. Prochaine frontière : authentifier un objet physique à partir de ses micro-détails visuels, sans étiquette, puce ni gravure. Une simple photographie pourrait certifier non seulement une marque ou un modèle, mais l’exemplaire précis sorti d’une chaîne de production. Derrière l’algorithme, la même ambition : rendre visible ce que l’œil humain ne peut plus surveiller seul.
Photo : L’équipe de Pixways présente ses solutions de reconnaissance et de traçage d’images à Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité ©PixWays
Fabienne Bonvoisin


