Sauver nos entreprises, comment, pourquoi ?

Sauver nos entreprises, comment, pourquoi ?

Que n’a-t-on critiqué l’État et les collectivités, pour avoir investi sans garanties de retour, dans le soutien aux entreprises en difficulté.
Après avoir fait le pari de la SCOOP Duralex en 2024, la collectivité récidive pour Brandt. Elle a voté deux délibérations pour soutenir le groupe d’électroménager, après que le tribunal de commerce ait pourtant rendu son avis de mise en liquidation.

“ J’en ai marre que la France batte en retraite ” ; le coup de gueule est signé Serge Grouard. Le maire d’Orléans et président de la métropole a choisi, cette fois encore, de ne pas se résigner. “ On était en droit de lâcher les armes et de se contenter d’aider au reclassement des 350 licenciés du site de Saint-Jean-de-la-Ruelle ”. Serge Grouard a donc porté une ultime fronde, désespéré de voir partir “ à coup sûr à l’étranger ” les marques et les brevets Brandt, Sauter, De Dietrich et Vedette. Tout est ainsi résumé : l’objectif des collectivités est double. D’une part ne pas avoir à gérer la désertion de leurs territoires, et être contraintes de prendre part à de très couteuses et douloureuses opérations de reclassement. D’autre part, ne pas avoir sur leur territoire, de friches industrielles dont elles ne seraient pas propriétaires.
Il faut donc pour tout cela, d’une part se rendre propriétaire de l’outil industriel et du droit de l’utiliser, c’est-à-dire des brevets et des marques, d’autre part du foncier, bâti ou non.

Comme des oiseaux de proie

Le tribunal de commerce ayant décidé la liquidation, l’entreprise est en état de “ mort clinique ”, les salariés sont licenciés, l’outil de travail ne tourne plus, les terrains et les bâtiments sont mis en vente. Le liquidateur fera son travail et choisira parmi les mieux- disants, les propositions d’achat “ à la découpe ”. D’où la proposition de Serge Grouard pour une acquisition rapide par la Métropole.

Opposition légitime

Les collectivités, échaudées par les reproches qui leur ont été faits, rechignent à juste titre, à investir sans certitude gagnante. Elle se regardent en chiens de faïence ; c’est le cas dans ce projet Brandt. La métropole ira si et seulement si la Région est aussi partante, ce qu’elle fera à condition que l’État participe. Selon les configurations, on parle d’un billet entre 300K€ et 3M€. Un risque assumé par Serge Grouard, avec suffisamment de conviction pour avoir fait voter ses propositions. Christophe Chaillou, sénateur et ancien maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle porte une voix, elle aussi légitime : « Pensez-vous sincèrement que l’État apporterait le moindre centime pour une opération dont il a déjà jugé qu’elle était perdue ? L’industrie du produit blanc est en effet en très grande difficulté par tout en Europe ».
Ces mêmes questions se posent de plus en plus souvent et donnent lieu à de vrais débats politiques constructifs, comme ce fut récemment le cas en Orléanais.

Stéphane De Laage