
Principalement concentrée sur les étangs de Brenne et de Sologne, la pisciculture bénéficie d’un soutien de 400 000 euros de la Région Centre pour la structuration de la filière, la promotion commerciale et surtout l’investissement productif.
Le 6 janvier devait avoir lieu la signature officielle du Contrat d’appui aux projets (CAP) de la filière pisciculture et aquaculture en région Centre-Val de Loire. L’épisode de neige qui a empêché la tenue de l’événement ne remet pas en cause le soutien du conseil régional, puisque le CAP filière est en vigueur depuis mai 2025, avec déjà dix dossiers déposés. L’objectif est de soutenir une activité d’élevage extensif de poissons d’étangs fragilisée par de faibles débouchés économiques et la menace d’espèces invasives et prédatrices.
Le précédent CAP filière pisciculture, de 2019 à 2024, avait permis l’installation de quatre nouveaux exploitants piscicoles en région Centre-Val de Loire. La nouvelle mouture, de 2025 à 2029, est étendue à l’ensemble de la filière aquacole : pisciculture d’étang, mais aussi élevage intensif de truites et de crevettes d’eau douce, ou encore culture d’algues.
Les poissons d’étang constituent cependant le cœur de la filière, essentiellement concentrée en Brenne où les 8 300 ha de plans d’eau produisent 900 tonnes de poissons par an. La Sologne, malgré ses 11 000 ha d’étangs, n’en produit plus que 250 tonnes. Une perte de vitesse qui s’explique principalement par la prédation des cormorans : ces oiseaux migrateurs, redoutables pêcheurs, nidifient désormais sur place.
“ La déprise piscicole a commencé il y a vingt à trente ans, rappelle Vincent Hennequart, pisciculteur à Saint-Viâtre (41). L’activité, déjà peu rémunératrice avant l’arrivée des cormorans, a été abandonnée par les exploitants les uns après les autres. ” D’une pisciculture extensive, respectueuse de l’environnement, l’exploitant est passé à un mode de production plus intensif et mieux protégé des prédateurs. Il n’exploite plus que 100 ha de bassins contre 1 400 ha d’étangs précédemment. Une diminution de surface qui s’accompagne d’une montée en gamme : 90 % des poissons élevés sont aujourd’hui des esturgeons, qui permet à la pisciculture Hennequart de produire du caviar de Sologne.
La situation est différente en Brenne, région où les étangs sont plus productifs. Plus concentrés aussi, permettant aux propriétaires de s’organiser pour protéger leurs poissons. Dans cette région davantage excentrée que la Sologne, où le revenu par habitant est plus faible, la défense de la pisciculture était aussi une nécessité économique vitale.
“ Nous sommes les derniers des Mohicans, sourit Joël Deloche, vice-président de la Fédération aquacole de la région Centre (Farec) et pisciculteur à Rosnay (36). Le premier CAP filière a permis de recréer une dynamique, ce second CAP optimise ce qui existe encore en accompagnant la production, en permettant l’animation de la filière et en organisant la promotion pour trouver de nouveaux débouchés. ”

Les carpes (50 % du tonnage produit), les gardons (20 %), les tanches et les poissons carnassiers servent aujourd’hui essentiellement à faire du repeuplement pour la pêche à la ligne. Pour trouver de nouveaux débouchés commerciaux, il faut investir dans la transformation ainsi que dans la promotion pour donner envie aux consommateurs. Le plan d’investissement de 1,09 million d’euros, dont 400 000 euros de subventions de la Région Centre, doit permettre d’y parvenir avec des aides à l’installation, des aides à l’investissement pour les exploitants ainsi que le financement d’un poste à mi-temps pour animer la filière et en assurer la promotion.
Etienne Berrier


