À Poitiers, du chanvre pour protéger l’eau potable

À Poitiers, du chanvre pour protéger l’eau potable

Un trophée de l’eau 2025 décerné par l’Agence de l’eau Loire Bretagne a récompensé le Grand Poitiers pour la mise en place d’une filière de culture et de transformation du chanvre afin de protéger de la pollution un captage d’eau potable.

Développer une filière agricole utile au développement durable, avec des débouchés économiques locaux, tout en protégeant un captage d’eau potable : c’est pour concilier ces trois exigences que la communauté urbaine du Grand Poitiers favorise la culture du chanvre, qui est passée de 3 à 37 hectares entre 2022 et 2024 et devrait atteindre 87 hectares cette année. À terme, l’objectif est de parvenir à 200 ha de culture de chanvre, sur les 2 000 km2 couverts par l’aire d’alimentation du captage de la Varenne, situé sur la rivière Clain en amont de Poitiers.

Depuis le début des années 2000, les concentrations en nitrate et en pesticides ont poussé le Grand Poitiers à accompagner les exploitants agricoles vers des pratiques plus protectrices de l’eau. Cela a enrayé la dégradation constatée, mais sans être suffisant pour obtenir une eau conforme aux normes de qualité, conduisant à des investissements publics importants pour traiter l’eau et procéder à de nouveaux forages.

À partir de 2018, le choix a été fait de favoriser le développement de nouvelles cultures. Ce fut tout d’abord le miscanthus, utilisé comme litière ou pour chauffage biomasse, dont 30 ha sont aujourd’hui cultivés autour de Poitiers. Le chanvre est intervenu à partir de 2021, sur l’initiative de la Région Nouvelle Aquitaine.

Plante poussant sans intrants chimiques, peu exigeante en eau et dont la paille est utile pour la construction durable et l’isolation des bâtiments : le chanvre coche bien des cases en matière de développement durable.

“ Nous avons commencé par une étude avec la Région pour voir le potentiel de développement local, en incluant les agriculteurs et les acteurs de l’alimentation et du bâtiment, explique Céline Lelard, responsable de la production d’eau potable à la communauté urbaine du Grand Poitiers. Nous avons ensuite enclenché un plan d’action en trois volets : production agricole et transformation par les agriculteurs eux-même, promotion du chanvre auprès des professionnels du bâtiment, où ce matériau est déjà connu et son utilisation en croissance, et intégration des graines à la restauration collective, avec notamment la création d’un livre de recettes. Ce dernier volet est le moins facile, le chanvre en alimentation étant encore confidentiel. Nous nous appuyons pour en diffuser la consommation sur les cantines de la ville de Poitiers. ”.

L’initiative du Grand Poitiers, saluée en décembre 2025 par un trophée de l’eau décerné par l’Agence de l’eau Loire Bretagne, s’appuie sur la filière chanvre Nouvelle Aquitaine, qui s’est structurée depuis 2021 avec le soutien de la région. Le produit des 400 à 500 hectares de culture est valorisé dans la région, avec la création d’unités de défibrage exploitées par les groupements d’agriculteurs qui transforment eux- même leur production pour fournir au secteur du bâtiment un béton de chanvre produit localement. À Poitiers, un atelier de défibrage est prévu à l’horizon 2027.

Etienne Berrier
Photo : Culture de chanvre près de Poitiers © photo Grand Poitiers