Grand entretien avec François Bonneau

Grand entretien avec François Bonneau

« L’ambition républicaine est une ambition d’égalité »

Il est entré en politique comme on entre en religion, par engagement et conviction. François Bonneau fut 25 ans conseiller municipal à Montargis, à deux pas d’Amilly où il naquit en 1953. Il grandit dans ce Gâtinais qu’il chérit, dans une famille ouvrière de 7 enfants. Son DEA de lettres modernes obtenu à l’université d’Orléans, il est un temps conseiller pédagogique, puis chef d’établissement. « J’ai appris à connaître la société, la réalité de vie des familles et des enfants ». Son premier mandat local lui apprendra aussi l’enjeu de l’action publique et l’engagement des élus.

Il sera vice-président de l’agglomération montargoise, conseiller régional puis vice-président du conseil régional. En 2007, il succède à Michel Sapin au perchoir de l’hémicycle régional.

Trois mandats menés avec toujours la concertation pour prendre chaque décision, et le service public en ligne de mire, pour la santé, l’éducation, la mobilité… et l’attention sociale. « Je vais pour cela, chercher des convergences dynamiques ».
Deux réélections à cette présidence, et à chaque fois, des narquois pour l’appeler « Monsieur 7% », présageant de son score au scrutin à venir.
En 2028, quand reviendront les élections régionales, François Bonneau aura 74 ans, la passion sans doute toujours chevillée au corps. Alors se posera la question de rempiler ou non. « Pour l’heure, dit-il, je n’ai pas pris de décision. Je sais que des valeurs fondamentales méritent d’être défendues, sans faille. Pour relever les défis de l’avenir, il faut être capable de rassembler des gens. C’est ce qui me passionne ».

Le service public permet de s’émanciper

  • L’épicentre : En période d’élections municipales, on s’interroge sur l’impact de ce scrutin sur la relation entre une Région et les communes ?
  • François Bonneau : Il est majeur, parce que le Conseil Régional agit sur les territoires, et donc interagit avec les communes et les intercommunalités. Ce sont des partenariats, en témoignent les CRST, contrats régionaux de solidarité territoriale. Centre-Val de Loire déploie ces contrats pluriannuels autour d’objectifs partagés entre la région et ses territoires, représentés bien sûr par leurs maires et leurs présidents d’intercommunalités.
    Les priorités que se donnent les élus locaux ne sont pas sans effet sur ce que nous pouvons construire ensemble. Que l’on parle de structures à but social, de foyers de jeunes travailleurs, ou d’intervention pour la mobilité, la construction… ou non d’ailleurs, d’un itinéraire vélo du quotidien, de la mise en performance énergétique des bâtiments et même des circuits courts en matière de restauration. Tout cela, ce sont des projets partagés, qui dépendent pour beaucoup de la qualité du dialogue que nous voulons maintenir.

“Le rapport des communes avec la Région n’est pas une tutelle, ce sont deux volontés qui se rencontrent.”

  • L’épicentre : Cette qualité du dialogue devient-elle politique, selon que les élus sont de droite ou de gauche ?
  • FB :Non. Les contrats se développent sur tous les territoires. 148 maisons de santé publique y ont été construites, indépendamment bien sûr des sensibilités politiques. Mais il peut y avoir demain des majorités qui ne partageraient pas nos priorités.
    Certaines formations politiques considèrent que le réchauffement climatique n’est pas un sujet et donc pas une priorité. Difficile alors de mener la décarbonation et de pousser le photovoltaïque.
    Quand on met l’accent sur la place du vélo dans la ville, tout le monde n’est pas d’accord.
    Si demain, des majorités ne partagent pas les priorités que nous nous donnons en terme environnemental, social ou culturel, cela peut devenir rugueux.
    Le rapport des communes avec la Région n’est pas une tutelle, ce sont deux volontés qui se rencontrent.
  • L’épicentre : Avec un budget de presque 2,5MD€ pour 2,6 millions d’habitants, et tant de compétences à assumer, les régions ne sont-elles pas des états dans l’État ?
  • FB : Surtout pas. Les régions sont nées d’une volonté de décentralisation à l’aube des années 80. L’État a des compétences dites régaliennes sur la sécurité, sur la justice, l’enseignement ou encore la défense. Sur ces points, les régions n’ont pas vocation à entrer en concurrence et moins encore en conflit avec l’État.
    Une étape suivante de décentralisation nous a octroyé les transports, puis l’économie. La décentralisation s’est déclinée au plus près du territoire, en donnant des compétences à des collectivités gérées par des élus, en lien avec la réalité et la population.
    Dans ces compétences, il y a la mobilité, le développement de la formation professionnelle, de nos lycées, et l’accompagnement de nos entreprises.
    Quand l’État lance des grands projets, comme France 2030 pour l’économie, ou le Fonds vert pour la transition environnementale, on recherche les convergences de projets et de moyens pour faire le mieux possible. L’action publique, dans la proximité, s’adapte aux besoins du territoire et à l’attente des gens, et elle le fait dans le dialogue, dans la co-construction.

Grand entretien avec François Bonneau - Epicentre n°217

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Propos recueillis par Stéphane de Laage